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18 mars 2009

David Daniels sur des arias sacrées de JS Bach : erreur de casting

Bach SAcred Arias David Daniels J’ai une certaine bienveillance à l’égard du contre-ténor David Daniels, qui m’avait particulièrement ému lors d’un récital au Théâtre des Champs-Elysées avec Magdalena Kožená il y a un peu plus de trois ans.

Il vient de se lancer, pour Virgin classics, dans une expérience assez aventureuse qui consiste à sélectionner quelques arias emblématiques pour alto écrites par JS Bach au sein de son vaste corpus de musique sacrée, accompagné pour cela par Harry Bicket à la direction de « The English Concert ».

Je vous renvoie à la note que j'ai rédigée sur le site classiqueInfo-disque.com pour plus de détails.

14 mars 2009

2009 : l'année Purcell

Purcell 2 Cette année 2009 fête les 350 ans de l'anniversaire du compositeur Henry Purcell. il est dommage qu'y compris au XXIème siècle, alors que l'on a considérablement développé l'interprétation des musiciens du XVIIème siècle, on ne produise pratiquement jamais ce grand compositeur en dehors du Royaume Uni, son territoire d'origine, sous prétexte que sa musique vocale était complètement écrite pour la prosodie anglaise.

Et alors ? Malheureusement, que ce soit William Christie avec les Arts Florissants (certes américain) ou John Eliot Gardiner avec notamment son merveilleux Monteverdi Choir, les ensembles dont les chefs ont pourtant une culture anglo-saxonne nous distillent du Purcell au compte goutte depuis quelques années.

Je vous propose, à l'échelle très modeste du Poisson Rêveur, de tenter de faire sortir ce compositeur qui m'est très cher du "purgatoire" en consacrant çà et là quelques notes sur des œuvres / interprétations qui m'ont marqué et que je suis heureux de partager avec vous. N'hésitez pas à contribuer via vos commentaire et vos notes pour enrichir ce petit panorama. Je prépare également une petite surprise avec deux blogs qui ont amicalement accepté de contribuer (Le Jardin Baroque et Le Geste et la Voix) et vous en saurez plus d'ici quelques jours.

Le nom de cette nouvelle catégorie sera Purcell 350.

12 mars 2009

Les sublimes voix du crépuscule

Philippe Herreweghe signe, avec l'ensemble du Collegium Vocale de Gent, l'un des plus beaux enregistrements de ces derniers mois, sur un répertoire de compositions polyphoniques passionnantes. Il s'agit des Cantiones Sacrae sex vocum, composées à la fin de sa vie par Roland de Lassus.

Ces motets, écrits pour un effectif à six voix (effectif d'origine de quatre voix avec doublement du cantus et du tenor), constituent une merveilleuse synthèse des différentes inventions expressives qui ont toujours fait le caractère singulier de la polyphonie de Roland de Lassus, par rapport à des contemporains comme le romain Giovanni Pierluigi Palestrina qui, quant à lui, procédait à un déploiement plus linéaire et austère du champ polyphonique. Roland de Lassus avait en effet le génie de ciseler le chant polyphonique en articulant le rythme selon l'évolution du récit.

Lassus Cantiones Sacrae Herreweghe Les 14 motets qui constituent ce corpus, relèvent du même schéma, même si le maître, arrivant au terme de sa création et pressentant la mort, démontre moins d'audaces rythmiques et harmoniques, pour rechercher une certaine épure. La plupart de ces motets s'adossent à des textes sacrés, pour la plupart de l'Ancien Testament. Les motifs sont souvent initiés par un groupe de voix, repris ensuite en contrepoint, par imitation, par un autre groupe de voix pour conduire à cette forme de "tuilage" caractéristique du schéma polyphonique traditionnel. Toutefois, après avoir conduit les différents groupes de voix à suivre un schéma autrement plus complexe au fil du déroulement du texte, il les fait converger en accord par une magie fascinante à certains moments qui viennent ponctuer le texte.

La plupart de ces motets sont très aériens, portés par l'ampleur sonore singulière que procure un groupe de huit chanteurs (Philippe Herreweghe a opté pour une configuration doublant chacun des registres : Cantus, Alto, Tenor, Basse).

Philippe Herreweghe procède à une lecture d'une pureté et d'une transparence inouïes, avec une sobriété qui ne rime absolument pas avec la moindre austérité. Dans chacun de ces motets, Roland de Lassus révèle des climats très différents mais dont les couleurs sont déployées avec une délicatesse extrême. La cohérence et l'homogénéité du groupe de huit chanteurs du Collegium Vocale de Gent permet de savourer les moindres détails de ce subtil déploiement sur chacune des pièces exécutées. L'excellente qualité d'enregistrement vient ajouter une véracité saisissante avec la possibilité de savourer pleinement la plénitude sonore et les respirations de chacune de ces pièces.

Chaque motet est un véritable chef d'œuvre. Le niveau de recueillement qu'ils incarnent pour la plupart est extrême. C'est particulièrement le cas pour le Prolongati sunt dies mei, qui traduit de façon émouvante les douleurs et la lassitude de Roland de Lassus, affrontant une vieillesse qui chaque jour lui annonce l'inéluctable chemin vers la mort. L'Ad Dominum cum tribularer est saisissant par ses audaces harmoniques et son caractère presque madrigal. Les "traits aigus du guerrier, les charbons ardents du genêt" sont traduits par une ligne mélodique acérée et d'une dynamique incroyable. Le Vidi calumnias quae sub sole gerentur démarre avec presque toutes les voix en accord pour inonder l'espace sonore de leur rayonnement divin. Enfin, Roland de Lassus apporte une lumière éblouissante avec le Baetus homo, traduisant, avec les voix à l'unisson, la béatitude tant recherchée. Le Diligam te, Domine, avec ses dissonances et ses frictions harmoniques, emporte littéralement l'auditeur dans un vertige particulièrement troublant.

Ce disque est magnifique. Philippe Herreweghe, avec un travail minutieux, précis et d'une finesse exceptionnelle, nous révèle toute la force de ces pièces avec une évidence époustouflante.

Je l'ajoute aux coups de cœur 2009.

Lien direct vers le site d'Harmonia Mundi pour plus de détails.

Roland de Lassus - Cantiones Sacrae sex vocum - Collegium Vocale de Gent - Direction Philippe Herreweghe - Label Harmonia Mundi.

09 mars 2009

Lumières sur David Oïstrakh

Bruno Monsaingeon a signé un excellent reportage publié en DVD par Medici Arts sur David Oïstrakh.

Ce violoniste, dont je garderai le souvenir inoubliable d'un jeu d'une plénitude et d'une générosité sans égal, avec ce son lumineux, solaire, ces attaques franches et d'une densité rare, est abordé dans ce film de 75 minutes au travers d'interviews d'autres grands musiciens russes qui l'ont côtoyé comme Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovitch ou Guennadi Rojdestvenski. Avec une grande affection et une admiration certaine, un de ses élèves, l'excellent violoniste letton Gidon Kremer, apporte également son témoignage.

Le reportage aborde, notamment, la question de l'engagement de David Oïstrakh pour son pays, qui ne pouvait, à son époque, qu'être synonyme de soumission inconditionnelle au parti et son "système" pour reprendre le terme de Rojdestvenski. Véritable musicien dans l'âme, plus que pur virtuose, David Oïstrakh vouera avec sincérité et loyauté, une reconnaissance infinie à sa patrie pour lui avoir permis de se hisser parmi les plus grands violonistes de son époque. Le fait qu'en assumant son statut de musicien russe il ait été contraint d'adhérer au parti quand ce dernier était incarné par le régime stalinien, est une prise de position finalement acceptée, y compris par les musiciens qui avaient, quant à eux, pris l'exil pour le monde occidental, comme Yehudi Menuhin. La citation de Yehudi Menuhin, reprise en exergue du DVD, transcrit bien cette problématique : "Sa loyauté était telle que, alors que je lui ai souvent suggéré de s'installer à l'Ouest car ça aurait été facile, il disait "Non, je dois à ce régime, malgré ses crimes, mon existence, mon éducation musicale. Je reste fidèle à la Russie, au pays, au peuple, quel que soit le pouvoir." Il aurait fait pareil avec le tsar".

La façon dont ce dernier parle de David Oïstrakh, même si l'on sent bien qu'il n'aurait jamais accepté de courber l'échine sous un régime totalitaire pour exercer son art, montre tout de même une certaine admiration pour David Oïstrakh, homme sincère, intègre dont l'objectif absolu a toujours de servir la musique.

Oïstrakh artiste du peupleLe titre du reportage est, "David Oïstrakh, musicien du Peuple ?". Ce point d'interrogation résume tout le questionnement que l'on peut avoir sur le rôle social ou politique que ce grand violoniste aurait joué, "malgré lui".

Même si ce questionnement est essentiel, il ne doit pas occulter le fait que comme tout soviétique, David Oïstrakh, a vécu au jour le jour la terreur du régime. Il n'en n'a certainement pas autant souffert que Chostakovitch, mais le témoignage de Rostropovitch sur les angoisses quotidiennes de David Oïstrakh face à la menace permanente de milices staliniennes est à ce propose édifiant. Enfin, David Oïstrakh avait aussi son franc parler, y compris à l'égard des plus hautes autorités du pouvoir stalinien, notamment à propos des procès d'intention incessants qui lui étaient faits quand il se produisait en concert en Occident avec Yehudi Menuhin.

Pour revenir à ce qui doit être l'essence d'un tel reportage, à savoir la musique, qui a été la vie de David Oïstrakh dès son plus jeune âge, on notera quelques moments forts. Le premier est justement le trop court extrait du mouvement du concerto pour deux violons de JS Bach en ré mineur où David Oïstrakh et Yehudi Menuhin constituent un duo particulièrement fusionnel et dont la complicité, l'écoute mutuelle, l'union sont d'une intensité particulièrement émouvante. J'ai été également saisi par l'éclat, la force exceptionnelle de la saisissante cadence qui suit l'Andante du 1er concerto pour violon en la mineur de Chostakovitch. David Oïstrakh subjugue littéralement l'auditeur avec ce violon qui devient comme un cri de douleur absolu dans la nuit.

Ce grand violoniste ressort encore plus attachant de ce reportage qui donne vraiment envie de le réécouter sur le vaste répertoire qu'il a couvert. Malheureusement desservi par des enregistrements de qualité souvent médiocre, on reste frustré de ne jamais avoir eu vraiment l'occasion d'écouter le vrai son de son violon dont la plénitude est si saisissante.

Je vous propose ces vidéos, tirées de Youtube et illustrant les moments forts que j'évoque dans cette note :

Le premier est l'extrait du mouvement lent du concerto pour deux violons de JS Bach en ré mineur BWV 1043 (Largo ma non tanto), vibrant duo de David Oïstrakh avec Yehudi Menuhin. J'ignore qui est le chef accompagnant les deux solistes. Une version au disque existe avec Alexander Orlov à la tête de l'Orchestre Symphonique de l'Etat de Russie.

L'autre vidéo diffuse quant à elle l'intégralité de la cadence du 1er concerto de Chostakovitch. Il s'agit de la version avec Heinz Fricke, à la direction de la Staastskapelle de Berlin. Sinon, je recommande l'étincelante version que David Oïstrakh a enregistrée avec Guennadi Rojdestvenski à la tête du Philarmonia Orchestra (enregistrement de 1962, disponible sous le label BBC Legends / IMG Artists).

David Oïstrakh, Artiste du Peuple ? - Film de Bruno Monsaingeon - DVD Medici Arts. DVD réalisé avec le soutien de la FONDATION ORANGE, d'ARTE et du CNC.

06 mars 2009

Transformez votre texte en musique

P22 Le site ECRANS du journal Libération permet de découvrir des sites Internet qui sortent des sentiers battus. L'un des dernier dénichés sur la toile par Astrid Girardeau, rédactrice sur le site ECRANS est le site p22.com/musicfont. Ce site vous permet de saisir un texte. Il se charge alors de traduire votre texte en musique en l'inscrivant sur une partition. Vous pouvez ensuite imprimer la partition si vous désirez la jouer vous même par exemple au piano.

Le projet résulte des travaux expérimentaux de John Cage et Marcel Duchamp, consistant à associer à chaque lettre une note de la portée. Cette expérience est tout à fait comparable aux expériences d'écriture automatique des surréalistes.

Selon votre tempérament, vous jugerez donc ce site soit parfaitement incongru, soit chargé d'une poésie rare sur le Web. Vous pouvez également paramétrer le nombre de battements par minute et choisir le type d'instrument que vous désirez "jouer". Un fichier au format midi est également automatiquement généré et peut être réutiliser pour être activé, par exemple, sur un piano numérique. 

Lien direct vers le site.

Lien direct vers l'article d'ECRANS dédié à ce site.

03 mars 2009

Trois concerts en mars

Je propose les trois concerts suivants :

Mercredi 4 mars - 20h - Salle Pleyel : Gustav Mahler: Lieder eines fahrenden Rohrer 2Gesellen, Symphonie n° 5 - Orchestre de Paris - Christoph Eschenbach : direction - Dietrich Henschel : baryton. Si vous avez lu ce que j'ai déjà écrit à propos de Christoph Eschenbach à la tête de l'Orchestre de Paris, vous risquez de vous demander ce qui m'arrive... En fait, je serai tout de même présent à ce concert à cause d'uPichon 1ne "supercherie" (certainement involontaire) de la Salle Pleyel ayant vendu à ses abonnés la prestation de... Thomas Hampson sur les lieder. Ayant les places, je m'y rendrai. Une 5ème de Mahler de plus !

Mardi 17 mars - 20h30 - Eglise Des Blancs-Manteaux : Odes Funèbres de Dietrich Buxtehude et Nikolaus Bruhns (élève de Buxtehude) - Ensemble Pygmalion, Direction Raphaël Pichon.

Samedi 21 mars  - 20h - Théâtre des Champs-Elysées : Diana Damrau - grands airs mozartiens - Le Cercle de l'Harmonie, Direction Jérémie Rhorer.

02 mars 2009

Intégrale des cantates de JS Bach par Masaaki Suzuki : volume 40

Masaaki Suzuki poursuit son intégrale des cantates de JS Bach, avec le Bach Collegium Japan, en respectant scrupuleusement l'ordre chronologique. Le volume 40 est consacré à quatre cantates écrites sur la seconde moitié de 1725. Il faut surtout retenir de cette édition deux cantates qui puisent leurs sources littéraires dans le même texte, à savoir l'Offrande d'offices évangéliques (Evangelisches Andachtsopfer) de Salomon Frank.

Ces deux cantates (Tue Rechnung ! Donnerwort, BWV 168 et Ihr, die ihr euch von Christo nennet, BWV 164) ont une forme assez atypique par rapport aux cantates chorales classiques écrites par le cantor. Toutes deux démarrent par une aria introductive, la partie chorale étant simplement conclusive. La première s'appuie sur un texte qui évoque la parabole de l'intendant infidèle qui, risquant de se faire congédier par son maître, tente de se faire adopter par les débiteurs de ce dernier. Salomon Frank associe les chrétiens avec l'intendant, ces derniers se retournant vers Jésus, le "garant qui efface toutes les dettes". Une tension assez forte s'installe dès l'aria d'introduction à la basse sous l'expression "Tue Rechnung !" (maudit calcul) qui claque comme un fouet avec un accompagnement orchestral mouvementé. Cette cantate est placée de bout en bout sous le signe d'une grande expressivité et d'une certaine turbulence.

Bach Suzuki Volume 40Avec la cantate BWV 164, c'est tout le contraire qui nous est proposé. Avec sa direction limpide et délicate, Masaaki Suzuki déploie tout son art d'une poétique singulière et très prenante. Je trouve que seul le chef japonais est capable d'atteindre un tel niveau de transcendance grâce à une pureté de la ligne exemplaire et qui révèle toute la puissance de l'écriture de JS Bach. Cette cantate est placée sous le signe de la miséricorde du chrétien. Sans excès de pathos, elle est placée sous le signe d'un profond recueillement. L'aria d'introduction du ténor est certes animée, avec des violons placés sous une certaine tension. Mais ensuite, l'aria pour alto déploie un climat plus apaisé, avec des harmonies aériennes, éthérées.

Les deux autres cantates BWV 137 et 79, sont des cantates chorales plus classiques, assez solennelles et déployant une réelle ampleur.

Le quatuor de chanteurs, souvent utilisé par Masaaki Suzuki, s'avère de qualité plus constante dans ce volume 40. Robin Blaze, par exemple, est bien meilleur que sur les volumes précédents, notamment dans la superbe aria "Nur durch Lieb und durch Erbarmen" de la cantate BWV 164. A noter également deux duos pour soprano et basse (avec la contribution de Peter Kooij à la basse, fidèle des fidèles, ainsi que de Yukari Nonoshita comme soprano) : "Herz, zerreiss des Mammons Kette" de la cantate BWV 168 et "Gott, ach Gott, verlass die Deinen" de la cantate BWV 79.

Lien direct vers le site du label BIS pour plus de détails.

Intégrale des cantates de JS Bach - volume 40 - Bach Collegium Japan - Direction Masaaki Suzuki - label BIS.

28 février 2009

EMI - Virgins Classics a une chaîne sur YouTube

Logo EMI Classics Youtube

Il est intéressant de noter que des grands labels du classique s'approprient le nouveaux canaux de communication. C'est le cas avec le label EMI - Virgin Classics qui a créé sa propre chaîne sur YouTube.

Elle permet de prendre connaissance des nouveautés et de constituer une (petite) communauté autour de la musique.

Lien direct vers la chaîne YouTube du label.

26 février 2009

Orlando furieusement ennuyeux

Orlando Christie Mijanovic Richard Letawe, Rédacteur en chef de ClassiqueInfo.com m'a proposé de faire partie des contributeurs d'articles sur des concerts (ClassiqueInfo.com) comme sur des CDs ou DVDs (ClassiqueInfo-disque.com), ce que j'ai accepté avec plaisir. Ma première participation concerne le DVD édité par Arthaus Musik et relatif à la production donnée au Zürich Opera House d'Orlando de GF Haendel, sous la direction musicale de William Christie.

Le moins que l'on puisse dire est que je n'ai guère été fasciné par cette production. La tenue musicale générale est indéniablement de haut niveau mais la mise en scène, guidée par une approche dite expérimentale, laisse une impression assez désagréable. Le point rédhibitoire sur cette version d'Orlando est la distanciation qui semble être le maître mot, tant du directeur musical que du metteur en scène.

Je vous renvoie à l'article que j'ai rédigé à cette occasion.

24 février 2009

Lambert de Sayve : une messe wallonne sous influence italienne

L'un des derniers disques du label Ricercar est consacré à une messe écrite par Lambert de Sayve pour le Sacre de l'Empereur Matthias par la Fenice et le Choeur de Chambre de Namur, sous la direction de Jean Tubery.

Lambert de Sayve, natif de Liège, fait partie de ces musiciens franco-flamands du début du XVIIème siècle qui, comme leurs contemporains en Allemagne, ont été fortement influencés par l'écriture sacrée polychorale italienne. Il ne fait donc pas exception à cette recherche de l'expressivité et, surtout, de l'ampleur, de la plénitude et des couleurs sonores. Toutefois, il apporte une touche particulière à savoir une forme inévitable d'intériorisation, de solennité toute maîtrisée.

Lambert de Sayve - messe du sacre de l'empereur Matthias La messe, ici admirablement restituée par Jean Tubery avec le raffinement et le magnifique sens des nuances qu'on lui connaît, constitue en fait un corpus de sources très diverses.  Les parties traditionnelles de la messe (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei) sont issues de la Missa super Dominus Regnavi à seize voix en quatre chœur. Cette configuration confère à la messe une réelle ampleur. Elle tout à fait conforme au rang du mandataire de cette messe, l'archiduc Matthias en Autriche. D'autres parties de cette messe de couronnement proviennent de Symphonies Sacrées écrites par Lambert de Sayve, parmi un corpus de plus d'un quarantaine de motets avec des effectifs vocaux allant de 4 à 16 voix.  Enfin, des pleins chants ponctuent cette messe, issus du Graduale Romanum écrit par Jean Moretus en 1599 (et interprétés pour l'occasion par l'ensemble belge de chant grégorien Psallentes).

L'ensemble paraît tout de même assez homogène alors que son origine est si composite.

Malgré les origines italiennes dans la recherche d'une certaine richesse harmonique et de couleurs que procurent la combinaison des voix avec, notamment les cornets à bouquin (par exemple très représentatives dans l'Alleluia - piste 8), cette messe reste assez austère, d'une posture finalement très hiératique et encore tenue par les origines qu'elle puise à la fois dans les traditionnelles antiennes mais également dans les compositions polyphoniques des grands maîtres franco-flamands comme Roland de Lassus ou Adrian Willaert.

Je tourve donc que, contrairement à Heinrich Schütz qui avait réussi une fusion exemplaire entre l'éclat italien et l'intimité, le recentrage luthérien sur l'homme, Lambert de Sayve, reste finalement assez ancré dans ses racines franco-flamandes, n'exploitant des compositeurs du sud que la plénitude sonore polychorale mais en restant ancré dans une certaine austérité.

Cette messe est tout de même fascinante pas son oscillation permanente entre les racines  "primitives" de l'art polyphonique et la recherche d'expressivité qui sera ensuite sublimée par le baroque.

Lien direct vers la page du label Ricercar consacrée au disque pour plus de détails et écouter un extrait.

Messe pour le Sacre de l'Empereur Matthias  - Lambert de Sayve - La Fenice et le Choeur de Chambre de Namur - Direction de Jean Tubery - Label Ricercar.

22 février 2009

Pan sur le nageoir ! Erratum sur la note Teatro d'Amor

Un certain "tamino" m'a fait part d'erreurs dans ma note sur Teatro d'Amor via un commentaire. Il souligne justement le fait que "Interrotte speranze" ne soit pas tiré du Combattimento (il figure en effet dans le 7ème livre de madrigaux), dont il n'y a en effet aucun extrait dans ce disque, et que le Combattimento fait partie du 8ème livre et non du 7ème.

Poisson noir Je vous demande de m'excuser pour ces erreurs et remercie "tamino" pour ces précisions. Je sais très bien notamment que le Combat de Trancrède fait partie du 8ème Livre et non du 7ème et reconnais volontiers cette coquille. Je tente toujours d'être le plus précis possible dans mes notes, mais il se peut que, malgré les précautions d'usage, des erreurs ce soient parfois glissées (peu, visiblement, sinon j'aurais eu des commentaires correctifs très rapidement !). Ces dernières sur Monteverdi sont en tout cas très difficilement pardonnables et je vous demande de m'en excuser.

Quant à la forme et la tonalité du commentaire de "correction" (dans tous les sens du terme !) de "tamino", je vous laisse juge (cf. colonne de droite).

21 février 2009

Snow Dreaming Fish

Snow Fish 2 Le Poisson Rêveur part pour une semaine tremper ses nageoires dans la neige semble-t-il abondante cette année. En principe, le lieu de villégiature est... équipé en Wifi ! Je suis sauvé car je peux, en principe, publier. Si, par malchance, le poisson rêveur se trouve déconnecté de force, je vous demande par avance de le pardonner.

Bonnes vacances à celles et ceux qui en prennent également.

A très bientôt !

17 février 2009

Mullova et Carmignola : Vivaldi sous haute tension

Concert lundi 2 février au Théâtre des Champs-Elysées. Le Venice Baroque Orchestra, sous la direction d'Andrea Marcon, interprète un programme entièrement dédié à Antonio Vivaldi. Alternent des concertos pour cordes et basses continues et des concertos pour deux violons, avec deux interprètes à la forte personnalité : Viktoria Mullova et Giuliano Carmignola.

Viktoria Mullova 1 Les lecteurs du poisson rêveurs savent certainement à quel point je trouve l'ensemble dirigé par Andrea Marcon d'une finesse remarquable. Il se place comme l'un des ensembles actuels les plus pertinents sur le répertoire des concertos de Vivaldi. J'avais également été marqué par le beauté de l'enregistrement que cet ensemble avait réalisé en 2007 avec la soprano allemande Simone Kermes (Amor Sacro - cf. note du 4 mars 2007). J'avais en revanche fait part de mes interrogations sur les concertos pour violon de Vivaldi avec Giuliano Carmignola, au violon, d'une virtuosité certes hors pair mais au style plutôt anguleux et autoritaire (cf. note du 30 octobre 2007).

Sans aucun doute, le 2 février dernier, Andrea Marcon et son ensemble étaient dans une forme olympique, avec des concertos pour cordes pétillants, légers à la vivacité parfaitement contrôlée. L'ensemble est très homogène, les musiciens biens calés, admirablement dirigés.

A noter, le magnifique mouvement lent du concerto en sol majeur RV. 146 (Andante e sempre piano).

Viennent ensuite à quatre reprise, entre quelques concertos pour cordes aériens et un rien badins, Giuliano Carmognola 1 les concerto pour deux violons. Cette fois, on ne plaisante pas. Surtout avec les deux solistes qui se rencontrent à l'occasion. Tout d'abord, Viktoria Mullova, violoniste pour laquelle je voue une admiration constante depuis plus de quinze ans et que j'ai suivie régulièrement au disque comme au concert. Elle vient de "basculer" depuis deux ans dans le monde du baroque et des instruments anciens, troquant les cordes métalliques pour les cordes à boyau et pour un instrument qui, visiblement, se désaccorde à une vitesse incroyable. Ensuite, Giuliano Carmignola, seigneur du violon vivaldien à qui on peut arracher un sourire détendu pour environ dix secondes sur un concert de deux heures.

Cette boutade mise à part, l'association de ces deux prodigieux violonistes, à la virtuosité sidérante s'avère très intéressante. Outre la contribution à une vision décapante de Vivaldi, dont on ne peut que se douter avec Giuliano Carmignola, les deux interprètes apportent aussi un duo qui se complète parfaitement. Viktoria Mullova, tout de même naturellement très énergique, dont les attaques sont franches, vives, acérées, et qui déploie sa belle musicalité avec un soupçon de questionnement, un phrasé au style élancé et très racé, quelque chose d'olympien. Giuliano Carmignola apporte plus de sécheresse mais avec une fébrilité, un côté à fleur de peau très touchant et intriguant. Tous les deux ont indéniablement une classe incroyable, avec une autorité naturelle. Viktoria Mullova est très concentrée, les yeux rivés sur la partition, Giulinao Carmognola jette de temps à autre les yeux sur la partition mais en est nettement plus détaché et se montre assez remuant.

On peut résolument ne pas aimer car le Vivaldi qui est ici proposé déploie la virtuosité de son écriture avec fougue et une certaine sécheresse. Aucune place n'est laissée pour la moindre diversion. Je parle bien-sûr des mouvements rapides. Les légendaires largos ou adagios sont quant à eux déployés par la le duo italiano-russe avec une sensualité et une subtilité évidente. De toute façon, outre leur talent musical indéniable, ces deux interprètes sont aussi splendides et ont une classe incroyable.

J'ai été particulièrement marqué par le concerto en ré mineur RV 514 dont l'écriture est d'une audace incroyable.

Nb : je suis assez déçu par la sonorité du Stradivarius de 1732 de Giuliano Carmignola qui manque d'ampleur et dont le timbre n'est finalement pas très agréable.

Les mêmes interprètes ont gravé ces concertos au disque chez Archiv Produktion.

14 février 2009

Morceau choisi N°21 : Pur ti miro

Ce duo du Couronnement de Poppée de Monteverdi est certainement l'une des plus belles arias jamais écrites à l'opéra. Les deux voix de soprano et d'alto s'accompagnent et se croisent avec sensualité, se confondant parfois, dialoguant aussi comme si l'une était l'écho de l'autre. Monteverdi initie ce procédé, tiré du madrigal, et qui sera maintes fois utilisé par les compositeurs de l'art lyrique pendant plus de deux cent ans après Monteverdi. Ce duo entre Néron et Poppée, à l'acte III, annonce inévitablement, par exemple, Fiordiligi et Dorabella dans Cosi fan tutte.

La version que j'ai trouvée sur youtube est tout à fait correcte. Il s'agit d'Ann-Sofie von Otter et de Mireille Delunsche, dirigées par Marc Minkowski à Aix en 2000.

Sinon, dans un disque récent enregistré par Christina Pluhar, la version de ce duo par Nuria Rial et Philippe Jaroussky est divinement aérienne.

12 février 2009

Il faut sauver La Petite Bande !

Kuijken 1 Cet ensemble orchestral, créé en 1972 , dirigé par Sigiswald Kuijken, a marqué de son empreinte toute la nouvelle lecture de la musique baroque et ancienne au cours des 35 dernières années. J'ai toujours suivi fidèlement leur parcours depuis le début des années quatre-vingt et ils m'ont apporté de très beaux moments et de belles découvertes, au disque comme au concert.

Il est question que le gouvernement flamand arrête de verser les subventions pour cet ensemble cette année, risquant de conduire tout simplement à sa disparition.

Si vous voulez, comme moi, soutenir la Petite Bande et contribuer à sensibiliser les autorités belges à revenir sur leur position, je vous propose de signer par Internet la pétition qui est en ligne sur le site www. savelapetitebande.com.

Je me permettrai de rajouter une petite vignette sur une des colonnes pour rappel car cette note sera amenée à descendre en bas de page.

10 février 2009

J'ai encore raté les Victoires de la Musique

J'ai raté dimanche les 16èmes Victoires de la Musique Classique. C'est justement la seizième fois que je les rate ! Vous allez me soupçonner d'un snobisme avéré mais je vous assure que c'est parfaitement involontaire. En même temps, à chaque fois que l'on m'en parle, j'ai l'impression de l'avoir échappé belle... Je concède que seize actes manqués sur le même sujet, ça fait beaucoup.

Victoires de la musique classique Cette fois, France 2 a fait preuve d'une audace tout à fait en ligne avec sa nouvelle mission de service publique renforcée, à savoir... la programmation un dimanche à 16h20 ! Un peu de zapping sur la musique classique avec un Earl Grey et un nuage de lait, accompagné de quelques shortbreads, quelle magnifique après-midi en perspective ! Bien veiller à tout de même réveiller mamie quand Frédéric Lodéon s'égare dans les anecdotes croustillantes sur les compositeurs.

Il semblerait que Sandrine Piau ait été à l'honneur et je trouve cela formidable pour ma part, vus ses multiples talents. Primé également, Pierre-Laurent Aimard (the famous French pianist) a même eu l'audace de tenter d'égayer les chaumières avec le Regard de l'Esprit de joie d'Olivier Messiaen. Un des vingt regards sur l'enfant Jésus un dimanche à 16h20, c'est imparable. Hélène Grimaud quant à elle n'a pas été lauréate.

Selon la presse, 1,1 million de téléspectateurs ont assisté à cette émission (contre 1,36 millions en 2008 et 2,2 millions en 2006). On pourrait presque comparer la courbe avec celle des ventes de CDs classiques depuis 2006.

L'année prochaine, il faudra laisser la programmation à TF1 et la tenter à 3 heures du matin, juste avant "Très chasse, très pêche" pour tester à combien se chiffre le "noyau dur" des mélomanes.

Lien vers un article de 20 Minutes pour en savoir plus (désolé, je n'ai pas trouvé mieux).

Allez, si vous les avez ratées comme moi ces fameuses Victoires, je vous propose cette vidéo avec Sandrine Piau qui déploie tout son art de la vocalise (Festival de Beaune 2003 - 1ère partie du motet d'Antonio Vivaldi "In Furore Justissimae Irae" - RV 626 avec l'ensemble Amarillis).


08 février 2009

Deux concerts en février

Je me fais toujours prendre par le temps et demande aux visiteurs du poisson rêveur de m'excuser par avance.

Je retiens deux concerts :

Gardiner 2 Mardi 10 février - 20h - Salle Pleyel : Ludwig van Beethoven : Ouverture Namesfeier, Symphonie n° 4, Symphonie n° 7 - London Symphony Orchestra - Direction Sir John Eliot Gardiner. L'un des chefs actuellement les plus inspirés sur la nouvelle lecture des symphonies de Beethoven sur instruments anciens.

Vendredi 27 février 2009 - 20h30 - Eglise Saint-Roch : Messe en Si de JSHerreweghe 5 Bach - Chœur et Orchestre du Collegium Vocale de Gant - Direction Philippe Herreweghe. La Messe en Si est vraiment à l'honneur cette année ! Après l'enregistrement de Marc Minkowski, la version de Konrad  Junghänel au TCE, celle de Michel Corboz aux Folles journées de Nantes (parmi d'autres), on revient aux fondamentaux et à l'un des maîtres dans ce répertoire. Rappelons-nous que celle que Philippe Herreweghe a enregistrée il y a maintenant un peu plus de dix ans constitue l'une des plus belle versions.

06 février 2009

Vive Sainte Cécile !

Concert mardi 20 janvier à la salle Pleyel. Un programme dédié à Sainte Cécile, patronne des musiciens, et interprété par les Musiciens du Louvre-Grenoble, sous la direction avisée de Marc Minkowski.

Ce dernier a concocté pour l'occasion un programme qui nous permet d'appréhender un siècle de musique avec comme fil rouge, un hommage à Sainte Cécile. L'ensemble enchaîne trois œuvres de respectivement Henry Purcell (Hail ! Bright Cecilia), Georg Friedrich Haendel (Ode for Saint Cecilia's Day) et Joseph Haydn (Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse)).

Des contraintes personnelles m'ont empêché, après le deuxième entracte, de découvrir la messe de Joseph Haydn. Je suis donc parti de ce concert, marqué par le charme et le raffinement de la musique de Purcell tout comme l'éclat et la vitalité de celle de Haendel.

Minkowski 3 Le choix très judicieux de Marc Minkowski met particulièrement bien en évidence la fausse filiation entre les deux musiciens et ce autour d'un même genre musical, une ode à Sainte Cécile, exercice typiquement britannique. Je parle de fausse filiation parce que si, en apparence, les formes sont presque similaires (à l'exception notable de la plus grande ampleur et de la plus grande fusion à la masse orchestrale assignée à la basse continue à partir du début du XVIIIème siècle), la rhétorique n'est plus la même. L'ode de Purcell est certes déclamatoire, guidée par un style brillant, mais elle reste tout même encore figée dans une certaine "sacralité" alors que Haendel fait véritablement éclater cette contrainte en conférant à son ode un caractère théâtral et profane.

C'est justement l'ambiguïté de ces pièces qui fait leur intérêt. Ce sont à la base des hommages réalisés sous commande, passée par des confréries de musiciens. Elles ont l'apparence formelle d'une oeuvre sacrée mais sont bien des odes profanes.

L'ode de Purcell révèle un équilibre subtil entre la nécessaire ampleur, l'exaltation porté à Sainte Cecile et le raffinement, l'élégance typique de l'écriture musicale du compositeur anglais.  Les chœurs sont aériens, nous transportent d'emblée dans le monde poétique et coloré de  "The Fairy Queen". Les parties solos demandent aux différents chanteurs une virtuosité impressionnante, tant Purcell redouble d'ingéniosité pour enchaîner les modulations.  Cette ode est d'une haute tenue du début à la fin. Sa tonalité est sous le signe d'une forme de joie spontanée, d'insouciance, avec un caractère presque pastoral. La lumière et les couleurs sont bien présentes avec de beaux dégradés et des tons pastels.

Celle de Haendel tranche plus nettement par un caractère presque italien. La tension est plus forte, sans faille, l'ampleur sonore est plus flagrante (alors que les formations orchestrale et vocale sont très comparable à celle de l'ode composée par Purcell).  Haendel opte pour plus d'expressivité, un élan plus théâtralisé. Cette fois la lumière comme les couleurs, restituées notamment par les voix sont plus tranchantes, nettes, saturées. Haendel confirme ici sa maîtrise de la composition pour les chœurs. Frisson garanti.

Marc Minkowski confirme la musicalité et la beauté sonore qu'il a pu imprimer à son ensemble. Je trouve qu'il est l'un des rares chefs dirigeants des ensembles sur instruments anciens à trouver un équilibre aussi parfait entre la précision, la justesse d'interprétation, la plasticité, la tension de la ligne.  La plénitude sonore, surtout avec l'acoustique sidérante de Pleyel, est absolue. On est littéralement baigné dans des sons aux couleurs chatoyantes. Le Chœur des Musiciens du Louvre, dirigé par Nicholas Jenkins, est d'une tenue parfaite. 

Je regrette vraiment d'avoir manqué la contribution de Joseph Haydn dans cette trilogie.

Lien direct vers la note de programme tirée du site de la Salle Pleyel (format pdf).

Superbe concert.

03 février 2009

Spotify : le rêve d'une musique en liberté

Screen shot Spotify 2Spotify permet enfin d'approcher le concept dont on rêve tous : accéder à l'écoute en ligne à des morceaux de musique de qualité (interprétation et niveau d'écoute) de façon simple, immédiate. J'ignore comment Spotify gère les droits. Il y a visiblement un accord avec les labels puisque sur la version gratuite du lecteur des courts publicités sont de temps en temps intégrées. Il faut préciser qu'il s'agit en apparence uniquement d'écoute en "streaming" avec aucune possibilité de télécharger localement la musique. Où le concept est intéressant est qu'il permet d'intégrer des morceaux de musique via des liens dans des mails ou autres vecteurs de communication par un simple "drag and drop".  Exemple pour le mouvement de sonate que je m'évertue actuellement à jouer : Mozart – Piano Sonata No. 11: I. Andante grazioso.

Le site est d'une simplicité d'utilisation désarmante (on n'est vraiment plus habitué), rapide, convivial, intelligent. C'est vraiment une excellente initiative.

La richesse du fond est indéniable (12 744 tracks sur Mozart et 7 418 sur Beethoven par exemple). En revanche, comme pour la plupart des sites de musique en ligne, ne vous attendez pas à une liste structurée.  Par exemple, le Requiem de Mozart est disséminé un peu partout sur la liste global. Il faut soi-même reconstituer l'œuvre complète...

Merci encore à Fabrice (qui se reconnaîtra) de m'avoir fait découvrir ce site.

Lien direct vers le site.

31 janvier 2009

Monteverdi - Teatro d'Amore : la liberté et la sensualité enfin retrouvées !

Jusqu'ici, tous les interprètes de Monteverdi, y compris parmi les plus prestigieux et les plus pertinents (comme Gabriel Garrido), ont toujours voué un respect très solennel au texte du maître de Mantoue, comme si la grandeur manifeste de sa musique poussait à une docilité absolue, guidée par une forme d'intimidation.

Avec Teatro d'Amore, Christina Pluhar démontre à nouveau à quel point le retour à la spontanéité, à la fraîcheur s'avère particulièrement efficace, y compris avec un "monument" comme Claudio Monteverdi. Ne nous méprenons tout de même pas. La perfection technique est bien là, la maîtrise de la rhétorique propre aux compositions vénitiennes du XVIème siècle parfaitement maîtrisée. Ces fondamentaux étant bien calés, Christina Pluhar lance son ensemble l'Arpeggiata, avec les quelques superbes chanteurs qui l'accompagnent, dans le "grand saut". Il s'agit de revenir à une liberté de ton, voire aux plaisirs de l'improvisation, pratiques qui étaient, rappelons-le, assez fréquentes à la charnière de la Renaissance et du Baroque.

Pour s'adonner à cet exercice où, finalement le vrai plaisir de faire de la musique est enfin mis à jour, Christina Pluhar dispose d'un choix de premier plan : le VIIème livre de madrigaux, avec le fameux Combat de Tancrède et Clorinde, mais surtout le sublime VIIIème livre de madrigaux ("de guerre et d'amour"), l'opéra avec le Couronnement de Poppée, quelques "canzonetta".

Teatro d'Amore Montverdi Arpeggiata Dans ces textes, où la référence subtile et voluptueuse à l'amour cohabite avec la fougue guerrière du "Combattimento", Christina Pluhar prend, je trouve, le parti de la sensualité, y compris dans les extraits qui doivent être habités par le style "concitato" insufflé par Monteverdi.

Avec la participation très inspirée de Philippe Jaroussky et Nuria Rial, l'ensemble Arpeggiata nous baigne alors dans un monde Monteverdien très personnel, d'un charme fou et d'une liberté de ton unique.

Cet ensemble met bien en évidence la puissance évocatrice de grands airs comme le magnifique Pur ti miro du Couronnement de Poppée avec un Philippe Jaroussky et une Nuria Rial au timbre cristallin qui nous transportent littéralement dans les cieux, l'élégiaque Si dolce è'l tormento ou le grave Interrotte speranze, tiré du Combat de Tancrède.

Il fait aussi ressortir avec un naturel confondant la fraîcheur de ritournelles comme la Damigella tutta bella où le théorbe, le luth, la guitare baroque et le cornet redoublent de virtuosité et "concertent" au sens monteverdien du terme, c'est à dire se livrent à une petite joute musicale.

Le plus audacieux, et parfaitement réussi, dans ce disque est la déclinaison "jazzy" et jubilatoire de Ohimè ch'io cado et de Chiome d'oro où respectivement Philippe Jaroussky et Naria Rial dévoilent leur talent d'improvisation avec une musicalité exquise et des accompagnateurs malicieux. C'est franchement déroutant au tout début mais tout à fait cohérent et on se prend à être aussi enivré par cette nouvelle forme de lecture.

Ma seule petite réserve, vraiment mineure, est une lecture du fameux Lamento de la Ninfa, que j'aurais préférée plus lente, suspendue, interrogative (je suis resté à jamais marqué par la version unique d'Edwin Loehrer avec le "Lugano Chamber Society Orchestra & Chorus").

Ce disque qui restitue une lecture contemporaine décomplexée de Monteverdi revient finalement à l'esprit de cette musique en faisant souffler un accent de liberté impressionnant.  C'est vraiment une très belle réussite et une introduction conseillée aux compositions madrigales et lyriques de Monteverdi, notamment à l'intention de celles et ceux qui, à tort, n'osent pas écouter ce répertoire de peur d'être confrontés à une musique trop savante.

A noter en fin l'excellente qualité d'enregistrement du disque.

Lien direct vers le site dédié au disque pour plus de détails.

Pour ma part, je ne me lasse pas de l'écouter savourant chaque note de ces sublimes compositions.

A noter que l'ensemble Arpaggieta se produit en concert avec le même programme lundi 2 février à la Salle Gaveau.

A titre d'illustration de la haute tenue de l'album, ci-dessous, quatre minutes de temps suspendu et d'envolées célestes par Philippe Jaroussky sur Si dolce è'l tormento et tirée du site youtube :

Monteverdi - Teatro d'Amore - L'Arpaggiata - Christina Pluhar - label Virgin Classics.

29 janvier 2009

La folle journée sur Arte dimanche 1er février

Folles Journées Nantes 2009 Arte propose de consacrer la journée de dimanche 1er février à une couverture exceptionnelle des Folles Journées de Nantes 2009. Le programme de cette  année (de Schütz à Bach) est passionnant (cf. note du 2 janvier 2009).

Lien direct vers le site Art pour connaître le programme de retransmissions de la journée du 1er février.

Cette abondance, plutôt rare à la télévision, ne peut pas nuire !

27 janvier 2009

Haydn 200

Après Mozart en 2006, L'Autriche et le monde musical international fêtent cette année les deux cents ans de la mort de Joseph Haydn. Je vous renvoie au site austria.info sur le programme des festivités prévues en Autriche.

Haydn 2 Je suis très heureux pour ma part que l'on fête cet évènement car il contribuera certainement à démontrer à quel point Haydn a influencé les plus grands compositeurs du XVIIIème et du XIXème siècle, en commençant par ses compatriotes WA Mozart (qui a toujours revendiqué cet héritage) et Franz Schubert, mais aussi les compositeurs allemands comme L van Beethoven.

Je me permets d'initier une petite rubrique Haydn 200 pour vous faire part, au fil de notes sur l'année, des compositions de Joseph Haydn qui m'ont le plus marqué.

Permettez-moi d'inaugurer tout d'abord cette série en me référant à une excellente initiative du blog Le Jardin Baroque, à laquelle j'ai contribué avec plaisir parmi six autres bloggeurs.

Cette carte blanche laissée aux rédacteur s'appelle Si je vous dis Haydn ?.

Je vous souhaite une bonne lecture  et merci encore au Jardin Baroque pour cette superbe tribune !

24 janvier 2009

Deux messes intéressantes à découvrir

Le disque sorti récemment par Rinaldo Alessandrini avec le Concerto Italiano a l'intérêt d'exhumer deux messes peu connues et dignes d'intérêt : la Missa Romana de Giovanni Battista Pergolesi (ou Jean-Paptiste Pergolèse si vous voulez tout traduire) et la Messa per il santissimo natale d'Alessandro Scarlatti.

La messe de Pergolèse confirme le génie de ce compositeur qui, s'il avait eu la richesse de production et la longévité de Mozart (mourir à trente cinq ans au lieu de vingt six), confirmait qu'il était certainement son rival le plus sérieux. Cette messe flamboyante et majestueuse et prenante de bout en bout. Elle annonce indéniablement les grandes messes mozartiennes et... schubertiennes.

Son caractère visionnaire en est à tel point qu' à l'écoute du Qui tollis peccata mundi d'une tension et d'un pathétique incroyable, on ne peut qu'être interpelé par sa similitude troublante avec le Requiem de Mozart.

Cette messe traduit à merveille les inventions harmoniques et l'élégance des compositions de Pergolese. Tout cela se déploie de façon limpide, comme évidente. Une pure merveille.

Messes Pergolese ScarlattiLa messe d'Alessandro Scarlatti quant à elle reste plus ancrée dans la tradition des œuvres sacrées italiennes des XVIème et XVIIème siècles et notamment Monteverdi auquel on ne peut s'empêcher de penser. C'est particulièrement marquant dans le Gloria qui rappelle les œuvres sacrées de Monteverdi . Comme toujours chez Scarlatti, ce qui reste marquant est la grande ferveur, le côté éclatant et lumineux de sa musique, alors que Pergolese, qui prend la relève à partir du début du XVIIIème siècle, joue plus sur les contrastes. C'est un peu comme si l'on comparait en peinture la tradition des peintres vénitiens et celle des maîtres du clair-obscur, ou, par exemple Giovanni Bellini et le Caravage. Cette messe est en tout cas d'une certaine élégance, notamment le Credo, admirablement écrit.

 L'interprétation de Rinaldo Alessandrini est comme toujours vive, alerte, mais aussi... presque autoritaire. Même si la tension nécessaire de la ligne est bien tenue, je reprocherais seulement à ce grand chef italien de la musique ancienne et baroque une certaine dureté, un côté un peu systématique dans les phrasés ce qui peut conduire aux travers d'une interprétation parfois trop mécanique. C'est très caractéristique dans le final en "bourdon" du Gloria que je trouve trop agressif. Ceci est aussi lié au caractère forcément plus solennel et déclamatoire de la musique italienne alors que, pour ma part, je me sens plus proche de l'intimisme et de l'humilité de la tradition allemande luthérienne qui s'est certes appropriée les couleurs et la vivacité du style italien mais revues avec plus de subtilité et de nuances.

Lien direct vers le site naiveclassique.com  pour plus de détails sur ce disque.

Giovanni Battista Pergolesi : Missa Romana - Alessandro Scarlatti : Messa per il santissimo natale - Concerto Italiano - Direction Rinaldo Alessandrini - label Naïve.

23 janvier 2009

100 000 pages consultées

100 000 visiteurs2 Le poisson rêveur a passé hier le cap des 100 000 pages consultées depuis sa création en août 2006. Merci encore pour les visiteurs fidèles ou occasionnels !

Bien musicalement.

22 janvier 2009

Des chœurs en concert en janvier

Choeur 43 a En plus des concerts déjà annoncés, je vous propose deux concerts par des chœurs :

Le Choeur 43  le vendredi 23 janvier 2009 à 20h30 - Cathédrale Sainte Croix des Arméniens - 3, rue du Perche, 75003 Paris.

Programme Anglais :  Tallis - Byrd - Purcell - Haendel - Vaughan Williams - Holst.

Ensemble vocal dirigé par Yamna Elyasmino, mezzo-soprano élève du Conservatoire de St Maur des Fossés (94) le samedi 24 janvier 2009 à 20h30 -  Eglise réformée de Paris-Luxembourg, 58 rue Madame 75006 Paris. Direction : Philippe Caillard. Piano : Yann Ollivo.

Programme : Requiem pour Mignon (Schumann),  Symphonie de Psaumes (Stravinsky),  Requiem (Duruflé).

18 janvier 2009

Une Messe en si sous l'angle solistique

Concert mardi 13 janvier au Théâtre des Champs-Elysées. Konrad Junghänel, à la tête de l'orchestre Akademie für alte Musik Berlin et du Cantus Cölln nous propose sa lecture de la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach.

Cantus Colln 1 Contrairement à un Philippe Herreweghe ou, plus récemment, un Masaaki Suzuki (cf. note du 2 décembre 2007) qui optent pour une certaine ampleur, la transparence et la clarté absolue des plans, Konrad Junghänel, recentre l'œuvre sur une vision plus "chambriste", dite solistique, avec un chœur de dix voix étalonnées avec beaucoup de soin et une formation orchestrale ramassée. Il recherche une certaine densité, sans effet ostentatoire. Son propos est plus centré sur les couleurs, le grain des voix et des instruments, le marquage des individualités que sur la restitution solennelle et monumentale de la spiritualité de l'œuvre. Par rapport notamment à Masaaki Suzuki, on peut regretter dans cette approche un certain manque de tension et de constance sur la ligne rythmique, avec une basse continue qui pèche un peu par manque de fermeté (pourtant supporté par un violoncelle, un orgue et une contrebasse).

Certains passages ont toutefois été restitués avec conviction par l'ensemble choral et orchestral comme le dramatique Qui tollis peccata mundi, le magnifique Cum sancto Spiritu ou le fameux Osanna in excelcis, que JS Bach reprend à deux fois.

Chacun des dix chanteurs du chœur apporte à un moment ou à un autre sa contribution. Comme  dans de superbes enregistrements de pièces de Buxtehude ou de Schütz par cette formation (cf. notes du 23 septembre et du 21 décembre 2008 ), l'ensemble vocal est très homogène, chacun des solistes est d'un excellent niveau.

Cette version de la Messe en si est tout de même assez intéressante car très cohérente et d'un très bon niveau du début à la fin. On peut ne pas adhérer aux options esthétiques de Konrad Junghänel, que je trouve plus appropriées pour des œuvres sacrées intimistes (comme par exemple les concerts sacrés de Schütz ou les cantates de Buxtehude) que pour un monument comme la Messe en si de JS Bach que je ne peux s'empêcher d'interpréter comme l'aboutissement absolu des grandes cantates chorales ou des messes brèves du Cantor.

Konrad Junghänel et le Cantus Cölln ont déjà enregistré cette oeuvre en 2003 sous le label Harmonia Mundi.

16 janvier 2009

Le chat qui provoque

Extrait du dernier album du Chat de Philippe Deluck (N°15 - Une vie de Chat - Editions Casterman) et qui reprend une sélection de dessins entre 1983 et 2007.

Le dessin ci-dessous, datant de 2006,  est certainement sorti à l'occasion du 250ème anniversaire de la naissance de Mozart.

© Editions Casterman 2008.

Le Chat et Mozart   

14 janvier 2009

Coups de coeur 2008

Coeur 3 Comme chaque année depuis la création du blog, j'ai initié un album dans la colonne de droite "Coups de cœur 2008".

Si je ne devais retenir qu'un disque, c'est bien le formidable récital de Diana Damrau avec le pétillant Jérémie Rhorer (Diana Damrau - Arie de Bravura - Mozart, Salieri, Righini - Le Cercle Harmonique - Direction Jérémie Rhorer - label Virgin Classics).

C'est une Reine de la Nuit littéralement phénoménale.

Je vous renvoie à la note du 10 février 2008 pour plus de détails.

Ci-dessous, un extrait du récital tiré du site youtube. Bonne écoute !

11 janvier 2009

De Profundis(2)

Je vous renvoie également à la note de Jardin Baroque très complète sur ce disque.

De Profundis : les graves sublimées

Le dernier album de Philippe Pierlot et le Ricercar Consort, De Profundis, vient un peu en écho au superbe De Aeternitate, sorti également chez Mirare il y a maintenant près de sept ans. A la voix de contre-ténor, poignante et expressive, de Carlos Mena (cf. note du 9 octobre 2006), se substitue celle de basse, plus austère et retenue de Stephan MacLeod.

Le répertoire reste de la même veine. A savoir une sélection de pièces sacrées de compositeurs allemands du XVIIème siècle qui ont indiscutablement influencé Jean-Sébastien Bach. Au sens de la lumière que Heinrich Schütz a apporté de son expérience italienne, et ce, malgré le contexte ravageur et meurtrier de la guerre de trente ans,  les contemporains choisis opposent vraiment la noirceur et les ténèbres. Le tout est accentué non seulement par le timbre de la voix de basse mais aussi pas un continuo incarné par le son velouté et profond du superbe orgue de Saint-Loup sur Thouet, lieu de l'enregistrement.  Le rôle prépondérant de l'orgue qui donne la respiration de ces œuvres se comprend aussi par le fait que ces compositeurs sont tous de grands organistes.

De Porfundis Ricercar Consort Je trouve que cet orgue, admirablement interprété par Francis Jacob, joue un rôle en effet clé dans le climat restitué par des œuvres.  Les compositeurs cette fois sélectionnés sont, non seulement le grand Friedrich Buxtehude, mais aussi ses élèves dont le plus doué était Nikolaus Bruhns. Les deux motets de ce dernier (dont le De Profundis qui est à l'origine du titre du disque) et le lamento de Jean-Christoph Bach ("Wie bist du denn o Gott") sont les pièces les plus remarquable de l'album.

Avec une prise de son subtile et d'un réalisme saisissant, les violes de gambes (dont celle de Philippe Pierlot) ainsi que le violon piccolo de François Fernandez, déploient leur grain et leur timbre de toute beauté, avec un tempo qui s'étire pour ajouter à la voix du soliste toute la plasticité qui révèle le mystère des ces œuvres. Stephan MacLeod montre une très bonne tenue de voix et révèle une belle virtuosité lorsque les cordes tentent de le mener dans des dédales périlleux. Il est simplement à regretter le caractère peut-être un peu trop lisse de la voix, avec laquelle on attendait plus de pathos (ce que Carlos Mena réussit à merveille dans un tout autre registre).

Disque à écouter dans la nuit noire de l'hiver avec le plus grand recueillement.

Lien direct vers le site du label mirare pour plus de détails sur le disque et écouter un extrait.

De Profundis - Bach, Bruhns, Buxtehude, Tunder - Cicercar Consort - Direction Philippe Pierlot - Stephan MacLeod, basse - Label Mirare.

08 janvier 2009

L'Ensemble Contraste fait bouger les lignes

L'Ensemble Contraste pourrait émerger comme le nième ensemble de musique de chambre français. Son parti pris fait qu'il se distingue du circuit traditionnel par le fait que ses membres, visiblement tous de formation classique, tentent d'explorer de nouveaux horizons musicaux avec mélange d'audace et d'élégance, matiné de la juste proportion de second degré. En partant d'une facture toute classique, ils expérimentent de nouvelles formes d'expression musicale, visiblement avec beaucoup de pertinence.

Ensemble Contraste 2 Le cas le plus récent, et qui  été judicieusement relayé par des médias comme France Musique (cf. l'émission Magazine du 19 décembre animée par Lionel Esparza et qui avait donné carte blanche à l'ensemble Contraste), est la lecture toute personnelle et assez envoutante que cet ensemble musical nous propose du Tango, sous ses différentes formes (le Tango traditionnel, rythmé, vif, le Tango chanté, la Milonga au tempo étiré, langoureuse et mélancolique).

Un album est à paraître d'ici quelques jours chez Zig Zag Territoires, label toujours aussi brillant pour dénicher les talents émergeants et nous faire explorer avec intelligence de nouveaux horizons.

L'ensemble se produit également en concert au Kiron Espace, du 13 janvier au 7 février.

Ci-dessous, extrait d'une des prises pour le disque et tiré du site dailymotion.

 

06 janvier 2009

The mom song : morceau d'anthologie

Cette chanson incroyable, doit être débitée à une vitesse phénoménale, sur le fameux air de l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Elle concentre tout ce qu'une mère peut dire à ses enfants en l'espace de 24h.

La vidéo vient du site northlandchruch.net et a été reprise sur youtube.

Merci Chiara pour cette petite découverte. Criant de vérité !

04 janvier 2009

Deux concerts en janvier

Minkowski 2 La saison reprend à plein régime sur 2009. En plus des innombrables concertPollini Maurizios des Folles Journées de Nantes sur la dernière semaine de janvier, j'ai également noté :

Mardi 20 janvier à la Salle Pleyel - 20h : Marc Minkowski et les Musiciens du  Louvre-Grenoble, hommage à Sainte-Cécile avec la participation de Nathalie Stutzmann : Purcell, Haendel, Haydn.

Dimanche 25 janvier à Pleyel - 16h : récital de Maurizio Pollini - Beethoven, Boulez.

02 janvier 2009

Folles Journées 2009 : à ne manquer sous aucun prétexte !

Follles Journées 2009

Si vous avez la chance de résider ou d'être de passage fin janvier en France, les Folles Journées de Nantes 2009 ne sont en effet à manquer sous aucun prétexte !

Cette année, le programme, "de Schütz à Bach", s'avère passionnant. Plus de deux siècles de musique allemande, à l'une de ses périodes les plus marquantes, seront parcourus avec un programme dont la densité est à donner le vertige.

Les journées se dérouleront du mercredi 28 janvier au dimanche 1er février.

J'ai particulièrement noté la journée du vendredi 30 janvier avec rien moins que la Venexiana, les Tallis Scholars,  l'Akademie für alte musik Berlin, la Chapelle Rhénane !

Lien direct vers le site des folles journées de Nantes.

Dans la page "Paroles d'artistes", vous pouvez suivre ce petit parcours d'initiation à la musique sacrée d'Heinrich Shütz par l'ensemble Sagittarius.

31 décembre 2008

Belle année 2009 !

Pour vous souhaiter une bonne et heureuse année 2009, j'ai trouvé cette belle vidéo sur Dailymotion. Illustration émouvante et intéressante du 2ème mouvement du concerto pour piano en do mineur de Rachmaninov.

29 décembre 2008

Martha Argerich : evening talks (suite)

Argerich1 Pour vous permettre d'obtenir une revue plus complète de ce DVD, je vous suggère l'excellente note de Lucie qui traduit avec une émotion certaine, et partagée, son admiration pour cette immense pianiste.

Luci rappelle fort justement que le premier choc de Martha Argerich a été, dès l'âge de six ans, l'écoute du deuxième mouvement du 4ème concerto pour piano (concerto en sol) de Beethoven. J'ai oublié de préciser à quel point cette révélation m'a donné le frisson, surtout quand le réalisateur, très subtilement, fait ressurgir quelques mesures de ce mouvement qui est, je trouve, l'un des morceaux concertants les plus métaphysiques.

27 décembre 2008

Martha Argerich : evening talks

Si vous faites partie, comme moi, du club des fervents admirateurs de Martha Argerich, le film de Georges Gachot (Evening Talks), devrait à la fois vous séduire et vous frustrer (disponible en DVD chez medici arts) .

Le plaisir est incontestablement d'avoir l'impression d'être un des complices conviés à de belles conversations nocturnes où la pianiste argentine, toujours aussi féline et envoutante, vous fascine pas sa façon désinvolte et elliptique de raconter sa vie.

DVD Argerich Evening Talks La frustration est propre à ce genre de reportage, à savoir, le fait d'entrecouper les propos de passages musicaux hachés, décousus et d'un minutage dont l'unité de mesure se rapproche plus justement de la seconde que de la minute.

Ce film de 63 minutes exactement se laisse tout de même voir (et accessoirement entendre) avec plaisir, tout comme les extras (38 minutes).

Un passage mémorable, dont j'avais déjà entendu parler, est le moment où Martha Argerich raconte, avec les yeux encore pleins de malice, cette anecdote ahurissante où, jeune pianiste, elle annule un concert rien que pour se confronter à la sensation que lui procurerait cette transgression suprême. Prise par le remord, et désirant que son annulation soit crédible, elle se coupe volontairement le doigt.  Les organisateurs (incrédules ?), viennent sonner à sa porte pour lui demander instamment de se produire tout de même ce soir là. Elle leur montre à quel point elle est blessée (ce qui était bien le cas avec son "auto-mutilation"). Ils ont bien admis que le concert n'était pas possible.

Lien direct vers le site du film.

Lien vers la critique du DVD sur le site classiquenews.com.

24 décembre 2008

Mel Tormé and Judy Garland for Christmas

Le poisson rêveur souhaite un joyeux Noël à tous ses visiteurs et bloggeurs (bloggeuses) favoris.

Rien de plus beau que ce petit cadeau musical : Chestnuts roasting on an open fire par deux voix mythiques du Music Hall et du Jazz américains : Mel Tormé et Judy Garland (ce duo est tiré du Judy Garland Christmas Show de 1963). Cette chanson a été composée par Mel Tormé et Bob Wells en 1944.

Lien direct vers les "lyrics" de la chanson si vous voulez vous mesurer à ces deux monstres sacrés.

Imaginez vous à une petite soirée privée de Noël, vous rassemblant autour du piano pour écouter deux chanteurs d'une classe inouïe ! En plus, très "sixties" tout cela.

Bonne écoute.

21 décembre 2008

Concerts spirituels de Schütz : belle version de Junghänel

En ce moment j'écoute le superbe recueil du volume III des Symphonae Sacrae de Heinrich Schütz par l'ensemble Cantus Cölln, sous la direction de Konrad Junghänel, avec la participation du Concerto Palatino (label Harmonia Mundi). Dans la note du23 septembre 2008, j'avais déjà souligné, à propos cette fois de l'interprétation de cantates de Buxtehude, la justesse de ton et ma belle homogéneité de cet ensemble orchestral et vocal.

C'est ici confirmé avec ces deux CD qui regroupent une bonne vingtaine de concerts spirituels composés par Heinrich Schütz au lendemain de la guerre de trente ans. Pour le contexte historique et les contraintes qui s'imposaient aux compositeurs allemands au milieu du XVIIème siècle, je vous propose de vous rapporter à la note du 6 janvier 2007 que j'avais consacrée à la belle version du Magnificat de Schütz par l'ensemble de la Chapelle Rhénane.

Schütz Symphoniae Sacrae Junghänel Les conditions matérielles très difficiles dans laquelle se trouvaient les artistes qui voulaient produire des œuvres au lendemain de la guerre de trente ans les ont conduit à restreindre les effectifs dans l'interprétation notamment des compositions sacrées.

Le génie de Heinrich Schütz est d'avoir transformé cette contrainte en un genre, permettant de varier dans ses concerts spirituels les effectifs vocaux, distinguant les "voix nécessaires " et les "voix facultatives". Schütz avait appris, aux côtés de son maître Giovanni Gabrieli à Venise, les techniques de composition multi-chorales. Cette pratique, à savoir des pièces sacrées disposant d'une ampleur exceptionnelle avec deux à trois chœurs, eux-mêmes doublés de cornets et de trombones, sera également assez répandue dans l'Allemagne luthérienne avec des compositeurs comme Samuel Scheidt (cf. note du 29 février 2008).

Dans le recueil interprété par le Cantus Cölln, on est plongé dans ces concerts spirituels, des plus intimes à cinq voix obligées, aux plus amples et colorés à huit voix.

Les cornets et des trombones, avec l'excellent ensemble Concerto Palatino, redoublent de virtuosité pour se hisser au niveau de celle de voix. Les ensembles vocaux sont justes, homogènes. La direction de Konrad Junghänel mélange subtilement humilité et ferveur. La musique de Schütz déploie alors ses couleurs et sa beauté avec un grand naturel. Rien d'austère ou de forcé. Au contraire.

Parmi les différents concerts spirituels, je reste fasciné par le troisième "Wo der Herr nicht das Haus bauet", SWV 400 où les voix féminines célestes s'envolent irrésistiblement pour être rejointes par le reste du cœur, aboutissant à un ensemble d'un magnificence incroyable.

Ce disque est vraiment splendide.

Lien direct vers le site du label Harmonia Mundi pour le détail du disque et pour écouter des extraits.

Heinrich Schütz - Symphonae Sacrae III - Cantus Cölln - Direction, Konrad Junghänel - Concerto Palatino - label Harmonia Mundi.

18 décembre 2008

Goerne sublime Schubert

Les deux premiers volumes d'une sélection de lieder de Schubert par Matthias Goerne révèlent la maîtrise exceptionnelle de cet art par le chanteur autrichien. Ce dernier est au sommet de son art avec un phrasé d'une expressivité parfaitement maîtrisée, un son velouté aux intonations subtiles. La chaleur et le timbre caractéristiques de sa voix continuent à nous envouter dès les premières mesures de chaque Lied. Nul n'est besoin de maîtriser la langue allemande pour appréhender le climat propre à chaque texte.

Goerne Schubert 1 De la mélancolie romantique chère à Schubert (d'où le titre de  "sehnshucht"), à la colère, signe de révolte, en passante par la joie insouciante, digne du plaisir immédiat des mélodies que l'on imaginerait bien interprétées lors des fameuses "schubertiades", le chanteur déploie tout son art de la nuance.

Il s'adapte parfaitement aux accompagnements très différents de trois pianistes (Elisabeth Leonskaja sur le volume 1 "Sehnsucht", puis Helmut Deutsch et Eric Schneider sur le volume 2 "An mein Hertz").

De ses trois pianistes, malgré tout le respect que je porte à la grande Elisabeth Leonskaja , c'est vraiment Eric Schneider que je trouve le plus dans l'esprit d'un accompagnement équilibré et attentionné du lied schubertien. Le toucher délicat, cette sorte de discrétion bienveillante, mettent encore plus en relief la densité du chant de Matthias Goerne.Goerne Schubert 2

De la liste impressionnante de lieders de ces deux recueil, l'un d'entre eux m'a particulièrement  marqué : il s'agit du poignant "Du Bist die Ruh", D. 776, sur un texte de Friedrich Rückert.

Avec ces deux disques on tient là deux magnifiques restitutions de la quintessence du romantisme incarnée par ses chants profonds, révélant les tourments d'une voix intérieure.

La prise de son, d'une qualité exceptionnelle, permet de bénéficier de la présence vivante et saisissante de la voix du chanteur.

Matthias Goerne Schubert Edition - volume 1 : Sehnsucht - volume 2 : An mein Herz - label Harmonia Mundi.

15 décembre 2008

Morceau choisi N°20 : "How long has been going on"

Parmi les chansons de jazz qui m'ont toujours particulièrement fait fondre figure "How long has this been going on" de George Gershwin. La révélation a été pour moi l'interprétation d'une sensualité inouie de la superbe chanteuse / actrice Lonette McKee dans le film Round Midnight de Bertrand Tavernier (1986), accompagnée notamment par Dexter Gordon (saxo) et Herbie Hancock (piano).

La seule version à peu près potable que j'ai trouvée sur youtube est celle de Judy Butterfield dans le cadre d'un concert qu'elle a donné au Lincoln Center de New York en novembre 2007. L'intérêt de cette version est le fait que la chanteuse démarre avec l'intégralité de l'introduction récitative qui contribue aussi au frisson que l'on ressent quand la mélodie démarre au minutage 00:59''.

On pourrait s'attendre à une version moins "juvénile" et cette belle jeune chanteuse américaine traduit inévitablement les "gimmicks" du phrasé en vigueur depuis environ une quinzaine d'année, à savoir une déclamation digne des mélodies passe-partout des productions Walt Disney.

Sinon, malgré un manque certain "d'émotion vraie", la tenue de voix est juste et le tout se laisse tout de même entendre.

12 décembre 2008

Oiseau de feu - Boulez - Pyramide

Pyramide Louvre 1 Lieu mythique pour le concert exceptionnel donné par Pierre Boulez mardi 2 décembre avec l'Orchestre de Paris : le hall de la grande pyramide du Louvre. Le chef dirigeait l'Oiseau de feu d'Igor Stravinsky. Ce concert est toujours diffusé sur Medici.tv comme sur le site de l'Orchestre de Paris.

La maîtrise de ce chef d'œuvre par le compositeur et chef français est indéniable. Beaucoup de plasticité avec un rendu précis et fin des innombrables nuances de ce conte mis en musique par Stravinsky.

Ce concert avait bien-sûr la force et le magnétisme des grands moments. Toutefois, je n'ai pas retrouvé l'éclat, l'énergie, les irradiations démentes de la version d'Esa-Pekka Salonen, concert je conserverai à jamais gravé dans ma mémoire (cf. note du 5 octobre 2006).

Au caractère docte et démonstratif de Pierre Boulez, je préfère l'évidence révélée par la détermination implacable et la rythmique fabuleuse du chef finlandais.

09 décembre 2008

Hélène Grimaud sur Bach : so what ?

Avec un rabattage médiatique encore impressionnant, Hélène Grimaud tente cette fois de nous séduire sur JS Bach. Au menu, un programme assez composite dont on peut légitimement s'interroger sur le rationnel.

Grimaud Bach DG A l'écoute attentive, la pianiste française nous confirme sa maîtrise technique prodigieuse, un toucher d'une netteté rare, un sens du legato qui lui est bien caractéristique. Ensuite, que dire de plus ? Pas grand chose finalement tant son JS Bach est lisse et froid comme le marbre. C'est un peu comme ces plats que l'on vous sert, parfaitement agencés, aux ingrédients d'une fraîcheur indéniable mais sans la moindre aspérité.

Je n'accroche décidément pas au style de cette pianiste. Les texture des pièces sublimes qu'elle interprète est lissée, désincarnée, sans âme. Les notes se déroulent comme débitées par une mécanique implacable.

Je vous laisse juge, mais je ne retrouve ni la frénésie d'un Gould, ni l'audace d'une Tureck, ni la musicalité communicative d'un Perahia. Proprement glacial.

Extraits sur le site de DG.

JS Bach - Concertos pour piano et orchestre - Extraits du clavier bien tempéré - Partitas pour violon arrangées pour le piano - Hélène Grimaud, piano - - Kammerphilharmonie Bremen - label Deutsche Grammophon.

Noces Tziganes à Gaveau

Concert mardi 2 décembre à la salle Gaveau. Au programme, l'ensemble XVIII-21 le Baroque Nomade, sous la direction de Jean-Christophe Frisch, interprète une série d'extraits du Codex Caioni.

J'avais déjà fait une note sur leur dernier enregistrement dédié aux pièces de Johannes Caioni, compositeur et organiste de Transylvanie au XVIIème siècle (cf note du 9 septembre 2008).

JC Frisch 1 La troupe qui était présente mardi dernier, mêlait les piliers de l'ensemble VIII - 21 avec des musiciens et danseurs traditionnels tziganes. Ils mettaient en scène ces différentes pièces extraites parmi un corpus d'un nombre impressionnant de compositions tant religieuses que profanes.

L'intérêt du concert par rapport au disque est de donner vie et chair à ces noces tziganes reconstituées.

Ce concert laisse une belle impression d'insouciance et de sérénité, rappelant les temps anciens, et certainement de plus en plus rares, où des communautés très différentes cohabitaient sans problème et s'enrichissaient par le croisement des cultures, notamment grâce à la musique.

Beau concert atypique et émouvant à plus d'un titre.

06 décembre 2008

Deux concerts en décembre

Patricia Petibon 1Je vous propose deux concerts que je regrette de ne pas avoir réservé :

Vendredi 19 décembre à Gaveau - 20h30 : Patricia Petibon et le Concerto Köln pour une sélection d'arias de Mozart et de Haydn autour du thème des "Amoureuses" (cf. son dernier disque).

Mardi 23 décembre à la salle Pleyel - 20h : Taraf de Haïdouks et invités.

03 décembre 2008

Missa votiva de Zelenka : l'énergie positive

La Missa votiva de Jan Dismas Zelenka fait partie de ces petits chef d'œuvre à garder soigneusement dans sa discothèque. La version enregistrée récemment par Vclav Luks, à la tête du Collegium 1704 et paru chez Zig Zag Territoires, est absolument à découvrir.

Ce compositeur bohémien aurait écrit cette messe après avoir guéri d'une grave maladie. On n'en n'est absolument pas surpris tant on devine, par la ferveur et l'énergie que dégage cette messe, l'immense joie d'un homme qui se considère comme un miraculé.

Dès les premières mesures du Kyrie d'introduction, la tonalité est donnée. On est d'emblée pris par une ivresse irrésistible, avec un orchestre chatoyant et d'une vélocité incroyable. Je trouve que ce Kyrie a l'ampleur et la veine d'une introduction d'opéra. Je me la passe en boucle sans m'en lasser !

D'ailleurs cette messe alterne avec bonheur des passages de facture très classique, incarnant une grande dévotion, avec des moment d'envolée lyrique digne de grands airs d'opéra. L'écriture d'une richesse indéniable semble révéler la boulimie d'un homme revenu à la vie.

Zelenka Messa Votiva L'ensemble Collegium et Collegium Vocale 1704 restituent  la ferveur de cette messe avec énergie sans pour autant sacrifier à la lisibilité du texte et à une belle netteté des différents motifs. Cette performance est à souligner compte tenu de la richesse harmonique de cette oeuvre est indéniable.

A l'écoute complète de la messe vous aurez peut-être l'impression d'un patchwork reprenant çà et là des motifs déjà entendus chez nombre de compositeurs fameux du XVIIIème siècle et sans véritable unité. Je trouve cela pour ma part assez attachant car je pense que cela traduit en fai une écriture très spontanée, foisonnante et sans inhibition.

Parmi les autres passages traduisant cette énergie presque électrisante, on notera le Gloria in excelsis deo qui déclame de façon résolue et volontaire la gloire au Seigneur, suivie d'un Qui Tollis, quant à lui solennel, qui n'est pas sans rappeler une certaine réminiscence des vêpres Monteverdiennes ! D'une façon générale, les sept composantes du Gloria de cette messe sont, je trouve, les passages les plus prenants et inspirés de cette messe. Ils représentent une unité parfaite et constituent en quelque sort une messe dans la messe.

Le Credo "parade" encore plus que le Kyrie avec les accentuations des hautbois qui contribuent à créer un climat festif.

Le Sanctus apporte les couleurs d'un requiem, sombre, inquiétant et tout de suite très prenant. On ne peut s'empêcher à penser à celui de Mozart, cinquante ans en avance...

Il n'y a que l'AgnusDei pour, tradition oblige, nous amener à douceur et recueillement, y compris dans la reprise complète du thème du Kyrie d'introduction dans le Dona nobis pacem final. Vaclav Luks, avec finesse, nous restitue ce thème d'introduction en tous points identiques dans une style beaucoup plus coulé, linéaire, supprimant les aspérité, accentuations rythmiques de l'introduction pour rester fidèle à la rercherche de sérénité que doit incarner l'Agnus Dei.

Le choeur et les solistes sont tous très convaincants et constituent un groupe homogène. Ils affrontent de façon exemplaire la partition qui demande beaucoup d'agilité vocale.

Très belle découverte à écouter absolument du label Zig Zag Territoires (enregistrment à partir d'une production du Festival de Sablé).

Détails du disque sur le site de Zig Zag Territoires.

Vous pouvez également en savoir plus sur Quobuz.com.

Lien vers le site youtube pour vous permettre d'apprécier le Kyrie d'introduction.

Jan Disma Zelenka - Missa votiva - Collegium 1704 & Collegium Vocale 1704 - Direction Vaclav Luks - Label Zig Zag Territoires.

29 novembre 2008

Gospel et Qawwalî : une sacrée rencontre

Concert hors norme lundi soir 24 novembre à Pleyel. Le Gospel de Nouvelle Orléans rencontre le chant sacré soufi.

En première partie, Craig Adams, pianiste (et organiste) saisissant de charisme, inonde la salle d'airs Gospel avec son ensemble (un batteur, un bassiste avec quatre chanteurs, trois femmes et un homme). Les amplis sont à fond et la salle bat des mains au rythme effréné de l'ensemble qui l'emporte avec eux dans leur chant exalté à la gloire du Seigneur tout puissant ! L'ambiance est festive, cadencée par un boogie incroyablement énergique. Cet homme imposant et énergique arrache du piano des sonorités qui claquent et chauffent très rapidement la salle.

Craig Adams 1 Un moment d'une intensité rare, le solo de Craig Adams à l'orgue, qui, part crescendo dans des circonvolutions harmoniques démentes, avec des notes prolongées à l'infini et un vibrato à donner le frisson. Il atteint une forme d'extase, exprimant l'intensité de sa dévotion.

En seconde partie, l'ensemble de Craig Adams s'eclipse pour laisser la place à l'ensemble de Faiz Ali Faiz pour un moment extraordinaire de chants Qawwalî. Faiz Ali Faiz est le digne héritier de feu l'immense Nusrat Fateh Ali Khan, que j'avais découvert il y a près de vingt ans dans un reportage TV et dont j'avais écouté un disque en boucle (Nusrat Fateh Ali Khan en concert à Paris / label Ocora - Harmonia Mundi - Radio France - 1988 - volumes 1 à 3). Ce chant traditionnel, très répandu au Pakistan et en Inde, est rattaché au culte islamique soufi (lien vers l'excellent article de Wikipedia détaille le structure type d'un chant soufi). Assez codé, il se caractérise par une montée progressive en intensité de la traduction des versets, avec l'alternance de passages où les solistes déploient des vocalises d'une étourdissante virtuosité, avec de moments de chants collectifs très rythmés et surtout, dont la structure "circulaire" a un caractère particulièrement hypnotique.

Avec également beaucoup de charisme, Faiz Ali Faiz fait preuve d'une virtuosité incroyable, accompagnant ses différents inflexions vocales d'une gestuelle très expressive et captivante. Sa maîtrise du souffle, avec des phrasés quelquefois aussi longs que les harmoniums qui l'accompagnent, est sidérante.

Le summum de la soirée est la troisième partie, moment intense et surprenant de "cross-over" oùFaiz Ali Faiz 2 l'ensemble de Gospel et celui de Qawwalî s'assemblent pour interpréter trois airs avec des improvisations que l'on ne pouvait même pas imaginer.

Quelques points communs tout de même : le Gospel comme le chant soufi se rattachent bien à une musique sacrée, expressive et guidée par une forme d'exaltation de la foi. L'un comme l'autre, répond à un rituel, à une trame dont l'objectif est à un moment, d'atteindre une plénitude absolue avec, à un moment, un bouclage permanent sur un même thème ; encore cette musique hypnotique qui s'étend en spirale, gagnant progressivement en intensité.

Craig Adams et Faiz Ali Faiz alternent alors des solos dans leur propre style tout en prenant le contrôle de transitions inimaginables du Gospel au Qawwalî, et inversement, par l'intermédiaire de leurs chœurs respectifs. Un grand moment de partage et d'échange qui a tout naturellement emporté et  ému la salle.

Autre caractéristique notable de ce concert : une moyenne d'âge dans la salle largement inférieure à celle du public habituel de Pleyel, une diversité de publics assez rafraîchissante et une ambiance assez débridée. Standing ovation à la fin du concert. Assez rare à Pleyel pour être souligné.

Superbe initiative à renouveler.

Pour vous permettre d'imaginer la croisée des chemins possible entre le Gospel et le chant soufi, quelques petites collectes sur youtube : l'extrait d'un concert de Craig Adams, un chant soufi interprété par le maître Nusrat Fateh Ali Khan, un autre chant soufi par Faiz Ali Faiz.

Bonne écoute.

27 novembre 2008

Morceau choisi N°19 : l'ad genua du Membra Jesu Nostri de Buxtehude

DVD Membra Jesu nostri Jacobs Il y a un peu plus d'un an, dans la note du 2 novembre 2007, j'avais souligné à quel point je porte le Membra Jesu Nostri de Dietrich Buxtehude dans la catégorie des chefs d'œuvre.  La version dirigée par René Jacobs et enregistrée pour Harmonia Mundi est d'une pertinence rare.

En flânant sur youtube.com, je viens de trouver ce passage, justement dirigé par le chef flamand. Il s'agit de la partie "ad genua" (partie consacrée aux genoux du Christ). Je pense que je resterai toujours profondément marqué par le niveau de recueillement extrême de cette pièce.

On reconnaîtra notamment Andreas Scholl, Maria Kristina Kier et Gerd Türk qui ont pleinement contribué à la qualité de cet enregistrement.

Lien direct vers la vidéo (visiblement pas possible de l'intégrer dans la note).

Sinon, il est possible de se procurer le DVD, ne serait-ce que pour respecter la rétribution nécessaire des droits d'auteur.

25 novembre 2008

Le Lous Landes Consort : cela vout dit quelque chose ?

Hugo Reyne Quatre étudiants en musique sont engagés par le restaurant Lous Landes près de Minkowski2Montparnasse il y a vingt cinq ans pour animer ses soirées.

Ces derniers (le Lous Landes Consort) se retrouvent à la salle Gaveau lundi 8 décembre. Il s'agit tout simplement de Sébastien Marq (flûte), Hugo Reyne (flûte), Marc Minkowski (basson), Pierre Hantaï (clavecin). Rien moins que cela !

Comme toujours la salle Gaveau est celle des belles rencontres où la proximité des musiciens avec le public conduit toujours à des soirées mémorables.

Concert fortement recommandé.

23 novembre 2008

Qobuz : belle évolution

Logo Qobuz1 Cela faisait un certain temps que je ne m'étais connecté au site Qobuz.com. Le site est toujours aussi riche mais avec une page d'accueil mieux organisée. Je recommande chaudement la radio Qobuz d'excellente qualité sonore (attention, il faut être inscrit sur le site pour pouvoir l'écouter). Elle regroupe des extraits d'album également téléchargeables sur le site. Sinon, il est possible de participer au forum, de découvrir la liste de plus en plus étendue des blogs rattachés au site et, surtout, d'accéder en ligne à des archives d'articles de Classica / Répertoire, revue partenaire du site.

J'ai ajouté une vignette Qobuz spécifique dans la colonne de gauche du blog et permettant d'accéder directement au site.

Concerts Saison 2008 - 2009

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