Gabriela Montero - Bach & Beyond Gabriela Montero métamorphose des pièces bien connues de Bach pour leur faire côtoyer des univers insoupçonnables grâce à ses dons uniques d'improvisation.
Codex Caioni: Xviii-21 Le Baroque Nomade Jean-Christophe Frisch et son ensemble XVIII-21 continuent leur singulier itinéraire baroque nomade avec cette fois le Codex Caioni. Johannes Caioni est un organiste du XVIIème siècle, originaire de Transylvanie, et officiant dans un monastère franciscain. Compositeur, facteur d'orgue, ce premier musicien roumain dont les talents sont reconnus en Europe, a construit au fil des ans un Codex, recueil d'œuvres originales mais aussi transcriptions, copies de compositions, dont une partie provenait des musiciens vénitiens, particulièrement influents en Europe centrale.
Faventina: musique liturgique du Codex Faenza 117: Mala Punica - Direction Pedro Memelsdorff L'interprétation inspirée et engagée de Mala Punica nous révèle tout le mystère de ces pièces inclassables dans notre référentiel musical. On se trouve plongé dans un monde extraordinaire et qui nous pousse à penser que la musique médiévale tardive était certainement d'une bien plus grande richesse harmonique que l'on pouvait l'imaginer.
Vespro Della Beata Vergine: Cantus Cölln, direction Konrad Junghänel - Concerto Palatino Sont abordés dans cet album, en majorité Virgilio Mazzocchi, compositeur majeur à la chapelle pontificale de l'Eglise Saint-Pierre de Rome, Giacomo Carissimi, Girolamo Frescobaldi et le maître incontesté de l'école romaine de musique polyphonique, Giovanni Pierluigi da Palestrina. Konrad Jungähnel regroupe des pièces de ces différents compositeurs selon le schéma classique des Vêpres, en ayant extrait de psaumes (Dixit Dominus, le Laudate pueri, le Laetatus sum, le Nisi Dominus, le Lauda Jerusalem, le Salve Regina et le conclusif Magnificat), tous composées par Mazzocchi. Les pièces de Mazzocchi révèlent une grandeur et majesté indéniables. Elles atteignent parfois un splendide niveau d'élévation particulièrement bien mis en valeur par le chant d'une justesse remarquable des huit interprètes vocaux du Cantus Kölln.
Marc-Antoine Charpentier - Motets pour le Grand Dauphin: Ensemble Pierre Robert - Direction Frédéric Desenclos L’ensemble Pierre Robert, sous la direction Frédéric Desenclos, propose avec ce disque édité chez Alpha une lecture d’une grande justesse des Motets écrits par Marc-Antoine Charpentier pour le Grand Dauphin.
Dès les toutes premières mesures du motet d’introduction Recatio pro filio Regis, le climat intimiste de ces pièces s’impose comme une évidence, et la belle musicalité des voix (Edwin Crossley-Mercier / basse et Anne Magouët / dessus) retient tout de suite l’attention. L’écriture de Marc-Antoine Charpentier nous renvoie un peu à l’intimisme des concerts spirituels luthériens, avec tout de même une touche toute française dans l’ampleur des phrasés, tant pour les voix que pour l’accompagnement instrumental.
Bach JS - Messe en si mineur: Collegium Japan - direction Maasaki Suzuki - label BIS. Le choix d'une grande clarté polyphonique, d'une tension de la ligne plus suggérée par un tempo assez étiré que par de grands effets, la netteté des motifs permettent de revenir à l'essentiel à savoir tout le propos mystique et la transcendance de cette messe.
Le chef japonais a porté un soin particulier à la qualité du choeur, pilier fondamental de cette messe qui, comme pour les Vêpres de la Vierge chez Monteverdi, constitue une forme de synthèse fondamentale de toute la musique sacrée écrite par JS Bach.
Bach: Messe Brèves, BWV 234 & 235: Ensemble Pygmalion Raphaël Pichon aborde ce superbe répertoire des messes brèves avec une ferveur, une générosité impressionnantes tout en ne négligeant pas la tension de la ligne, la précision, la justesse de ton indispensables. La plénitude sonore est également ce qui marque le plus, aussi bien sur la masse orchestrale que sur les chœurs. On est véritablement enveloppé par des sonorités chatoyantes et colorées.
Buxtehude - Cantates : Ricercart Consort - Label Ricercar - Collection Deutsche geisltliche Barockmusick On est d'emblée saisi par le naturel de l'ensemble orchestral et vocal. Cette limpidité s'impose comme une sorte d'évidence. Il n'y a aucune afféterie et les compositions de Buxtehude sont révélées avec une assurance et une musicalité incomparables. Le trait est net, précis, léché. La diction des solistes est parfaite.
Buxtehude Friedrich - Membra Jesu Nostri: Concerto Vocale - Direction René Jacobs L'interprétation du Concerto Vocale est d'une finesse exceptionnelle, avec une rythmique parfaitement maîtrisée. En introduisant une dimension très humaine, et une belle respiration, René Jacobs révèle toute la richesse et les couleurs de l'écriture de Friedrich Buxtehude.
Byrd William : Laudibus in sanctis: The Cardinal's Musick - Andrew Carwood Ecriture aérienne, grande lisibilité, limpidité et élégance des trames harmoniques, telles sont les caractéristiques des compositions du maître anglais. Tout est incroyablement plus chantant et naturel que les compositions flamandes et françaises. Il y a comme une sorte d'évidence une certaine simplicité apparente.
De Profundis : Bach, Bruhns, Buxtehude, Tunder: Ricercar Consort - Philippe Pierlot - Stephan MacLeod (basse) Avec une prise de son subtile et d'un réalisme saisissant, les violes de gambes (dont celle de Philippe Pierlot) et le violon piccolo de François Fernandez, déploient leur grain et leur timbre de toute beauté, avec un tempo qui s'étire pour ajouter à la voix du soliste toute la plasticité qui révèle le mystère des ces œuvres
Des Prez Josquin - Missa Faisant Regretz: The Clerk's Group - Dir. : Edward Wickham L'écriture musicale de Desprez est inouïe de bout en bout. Une rythmique singulière ponctue de façon égale chacune des invocations du Kyrie à l'Agnus Dei final. Le Sanctus & Benedictus de cette messe est certainement un des chefs-d'oeuvre de l'écriture polyphonique et Edward Wickham a pris des options parfaites d'intonation et de coloration vocale.
Dufay Guillaume : Supremum est mortalibus bonum: Ensemble Cantica Symphonia - Direction Giuseppe Maletto Ce dernier volume est surtout à retenir pour une restitution impressionnante de l'un des motets les plus puissants de Guillaume Dufay : Ave Regina Colerum, et, surtout, le dernier, Ave Regina Celorum / Miserere Tui Labentis complètement a cappella et sur lequel l'ensemble Cantica Symphonie imprime une tension extrême. Prodigieux.
Josquin Desprez: Missa Malheur me bat - Missa Fortuna desperata: The Tallis Scholar La version des Tallis Scolars est en effet d'une netteté irréprochable et ne se permet aucune déviation dans le rendu des harmonies, avec un étalonnages parfait des voix. Ce disque est surtout à recommander pour la Missa Fortuna Desperata. Josquin Desprez prend le parti d'une grande plénitude sonore, remplissant l'espace d'une série de mise en accords des différentes voix sur des notes qui se prolongent bien plus qu'à l'habitude. La méthode semble simple mais elle apporte, au milieu des enchevêtrements complexes des voix par imitation, des moments "minimalistes" qui provoquent d'autant plus leurs effets que le contraste est marquant et surtout prolongé.
La Quinta essentia - Palestrina / Lassus / Ashewell: Huelgas-Ensemble - direction Paul Van Nevel - label Harmonia Mundi. Paul Van Nevel conduit son ensemble avec une précision et un sens de la respiration exceptionnels. On tient là l'une des toutes meilleures formations vocales polyphoniques actuelles sur des registres de voix de taille déjà importante (14 voix). L'ensemble restitue un chant d'une finesse et une transparence absolues. Les voix sont parfaitement étalonnées et les messes nous sont restituées avec toute leur grâce et leur luminosité. Les nuances sont dosées avec une finesse extrême.
Madin Henri - Petits Motets: Le Concert Lorrain - Direction Anne-Catherine Bucher - label K617 Ce qui frappe le plus à la première écoute de ces motets est le sentiment de plénitude qu'ils dégagent. Ils sont d'une grande simplicité et ne s'embarrassent d'aucune ornementation qui pourtant était souvent de mise à cette époque, y compris sur la musique sacrée. La beauté de ces motets est en grande partie révélée par le truchement d'une basse continue subtile et parfaitement mesurée mais aussi au travers du phrasé du choeur de femmes.
Pergolesi: Messa Romana; Allesandro Scarlatti: Messa per il Santissimo Natale: Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini La messe de Pergolèse confirme le génie de ce compositeur. Flamboyante, majestueuse et prenante de bout en bout, elle annonce indéniablement les grandes messes mozartiennes et... schubertiennes. La messe d'Alessandro Scarlatti quant à elle reste plus ancrée dans la tradition des oeuvres sacrées italiennes du XVIème siècle et notamment Monteverdi auquel on ne peut s'empêcher de penser. Version énergique et intense de Rinaldo Alesandrini à la tête du Concerto Italiano
Roland Lassus: Cantiones Sacrae, Sex Vocum - Collegium Vocale Gent - Philippe Herreweghe: Roland Lassus: Cantiones Sacrae, Sex Vocum Ces motets, écrits pour un effectif à six voix (effectif d'origine de quatre voix avec doublement du cantus et du tenor), constituent une merveilleuse synthèse des différentes inventions expressives qui ont toujours fait le caractère singulier de la polyphonie de Roland de Lassus, par rapport à des contemporains comme le romain Giovanni Pierluigi Palestrina qui, quant à lui, procédait à un déploiement plus linéaire et austère du champ polyphonique. Roland de Lassus avait en effet le génie de ciseler le chant polyphonique en articulant le rythme selon l'évolution du récit. Splendide version du Collegium Vocale de Gent sous la direction inspirée de Philippe Herreweghe
Cavalli Francesco - Gli Amori d'Apollo e di Dafne: Ensemble Elyma - Dir. Gabriel Garrido Tout comme le maître de Mantoue, Cavalli révèle un art particulièrement achevé de l'expression lyrique.
Gli amori d'Apollo e di Dafne Cavalli Ce qui marque le plus à l'écoute de cet opéra est un mélange subtil de raffinement et de simplicité dans la composition. Les arias traduisent une légèreté et des couleurs qui confèrent à cette oeuvre une dimension poétique certaine sans aucune mièvrerie, sans aucun archaïsme. Le style direct, lumineux et spontané imprimé par la direction de Gabriel Garrido, fin connaisseur de ce répertoire, est particulièrement approprié.
Anne Sofie von Otter chante Offenbach Avec un phrasé parfait et un beau sens de l'humour, Anne Sofie von Otter ne perd rien de sa sensualité exquise, même sur les airs d'Offenbach les plus impertinents.
Matthias Goerne - Arias Occasion de découvrir l'étendue du registre de ce baryton au timbre profond, velouté et à l'expressivité hors du commun. Une des voix actuelles les plus fascinantes.
Measha Brueggergosman- Surprise ! - Airs de William Bolcom, Arnold Schoenberg et Erik Satie Le tempérament de cette jeune chanteuse est vraiment formidable, la plasticité de sa voix extraordinaire avec une tessiture digne des plus grandes chanteuses de Jazz. Elle démontre dans ce disque une vraie musicalité en déployant une voix très timbrée, chaude et expressive.
Embarquement pour Cythère -
Le mouvement d'une sonate ou d'un concerto, l'aria d'un opéra, d'une cantate ou bien tout simplement un morceau de musique qui se suffit à lui-même...
... autant de pièces favorites de musique à emporter sur l'Isle Joyeuse...
Pardonnez-moi, je pars cette semaine en vacances et je me relâche un peu... C'est promis, je ne récidiverai que... très peu !
En tout cas, on reconnaît bien le jeu de Richter (:-) !
Bonne écoute et excellentes vacances si vous prévoyez comme moi une pause sur le mois d'août !
NB : le poisson rêveur continue à publier en août. Je vous remercie par avance si, en revanche, je ne réponds pas aussi rapidement que souhaité à vos commentaires.
Le dernier enregistrement du Cantus Cölln, dirigé par Konrad Junghänel et accompagné par le Concerto Palatino est consacré à un recueil de pièces sacrées de différents compositeurs italiens du XVIIème siècle autour du thème des Vêpres mariales de la Vierge.
Sont abordés dans cet album, en majorité Virgilio Mazzocchi, compositeur majeur à la chapelle pontificale de l'Eglise Saint-Pierre de Rome, Giacomo Carissimi, Girolamo Frescobaldi et le maître incontesté de l'école romaine de musique polyphonique, Giovanni Pierluigi da Palestrina.
Konrad Jungähnel regroupe des pièces de ces différents compositeurs selon le schéma classique des Vêpres, en ayant extrait de psaumes (Dixit Dominus, le Laudate pueri, le Laetatus sum, le Nisi Dominus, le Lauda Jerusalem, le Salve Regina et le conclusif Magnificat), tous composées par Mazzocchi.
Les pièces principales sont ponctuées par des antiennes qui n'étaient pas à l'origine dans l'ordonnancement des Vêpres mariales.
Les pièces de Mazzocchi révèlent une grandeur et majesté indéniables. Elles atteignent parfois un splendide niveau d'élévation particulièrement bien mis en valeur par le chant d'une justesse remarquable des huit interprètes vocaux du Cantus Kölln.
On notera des similitudes parfois troublantes avec les Vêpres de Monteverdi, notamment dans les toutes premières mesures du Beata Mater.
La plus belle composition est indéniablement le Magnificat d'une ampleur spectaculaire où les trombones et cornets du Concerto Palatino doublent parfois les voix, apportant ainsi des sonorités charnues et d'une belle densité.
Les pièces de Carissimi sont quant à elles plus expressives, avec une certaine théâtralité qui tranche avec la relative austérité des compositions de Mazzocchi. La belle part est attribuée à des accompagnements la viole de gambe et à de superbes passages virtuoses des cornets (ex : l'Exsurge cor meum).
Une canzona a due cori attribuée à Frescobaldi (avec tout de même un petit point d'interrogation) vient s'immiscer avec sa facture plus "primitive" où la forme concertante entre les cordes et les instruments à vents (cornets et trombones) reste très cadrée et ne s'écarte pas du cadre formel d'origine de la canzona.
L'Ave maria stella de Palestrina est tout simplement sublime. Il est révélé par le Cantus Kölln avec une finesse et un une subtilité remarquables.
Sous la direction raisonnée et pertinente de Konrad Junghänel, ces Vêpres aux racines romaines sont plus placées sous le signe de l'élévation et d'une certaine intériorité presque "luthérienne" plutôt que sous celui d'une interprétation ostentatoire. Ces compositions se révèlent donc à nous avec un certain clair-obscur plutôt que sous une lumière saturée et colorée.
On peut être surpris par cette option sur un répertoire italien. Il faut toutefois se rappeler que l'école romaine n'était justement pas réputée, contrairement à celles de musiciens vénitiens, pour être justement la plus débridée.
A noter enfin l'excellente qualité d'enregistrement, comme souvent chez Harmonia Mundi.
Je ne peux pa m'empêcher, par ironie du sort, de consacrer la 500 ème note du Poisson Rêveur (déjà !) non pas à la musique mais à Internet.
Un intéressant article de Télérama s'interroge sur l'influence que peut avoir la logique rédactionnelle propre à Internet (notamment avec l'émergence des sites liés aux réseaux sociaux) sur notre schéma de pensée et sur la façon dont se transformerait même notre mode de lecture et la logique d'assimilation de l'information qui y est associée.
Le titre de l'article lance une interrogation légitime : Internet rend-il bête ?
En tout cas, le Poisson Rêveur se fixe pour objectif de contribuer (avec modestie) à ce qu'Internet soit justement le moyen d'éviter de sombrer dans la bêtise la plus profonde.
NB : je me suis permis de preprendre directement l'illustration de Beb-Deum pour Télérama.
Cet immense pianiste, qui a été et demeure le maître d'Olivier Cavé, continue à nous éblouir.
Notre géant franco-italien, au sommet de ses 84 ans, déploie dans ses concerts un jeu d'une intensité fulgurante. Rarement au piano les sonorités se seront révélées aussi denses et saturées. Il n'y a guère que Claudio Arrau pour m'avoir autant marqué, arrivé à ce grand âge.
Au programme ce soir, des univers très différents : Wolfgang Amadeus Mozart : Sonate n°11 en la Majeur KV.331 « Marche turque », Sonate n°13 en la Majeur KV.333, Erik Satie : 3 Embryons desséchés, Emmanuel Chabrier : Dix pièces pittoresques.
Je vous propose de découvrir cette vidéo que j'ai postée sur la chaîne Youtube du Poisson Rêveur (Musica Pictura), et tirée de la 16ème Nuit de la Voix de la Fondation Orange (avec l'aimable autorisation de cette dernière). Il s'agit de Jérémie Rohrer, dirigeant Le Cercle de l'Harmonie. Il accompagne la soliste Renata Pokupic dans l'aria "Amour, viens rendre à mon âme" tirée de la tragédie-opéra Orphée et Eurydice de Gluck.
Le pianiste Olivier Cavé vit la musique de Domenico Scarlatti avec passion, puisant dans ses propres racines italiennes lors de ses fréquents séjours à Naples. Son enregistrement de dix sept sonates du compositeur napolitain, choisies parmi un corpus de plus de 555 pièces, révèle les différentes facettes du génie de ce dernier. Tantôt fantasque, tantôt mélancolique, souvent pétillant, Domenico Scarlatti nous est ici révélé avec un style alerte, une superbe précision de toucher et de très belles nuances. Cet enregistrement sous le label Aeon apporte sa pierre à l'édifice des interprétations dites modernes de Domenico Scarlatti. Olivier Cavé, par le choix des différentes pièces et par sa lecture soignée et intelligente, nous révèle bien les ressorts de ces compositions qui puisent également leurs racines dans la musique populaire et dans la fête.
J'ai interviewé Olivier Cavé à propos de ce disque.
On est habitué à des interprétations finalement assez académiques des sonates de Scarlatti, y compris chez des grands pianistes comme Horowitz. Votre sélection et votre lecture de ces pièces nous révèlent un Domenico Scarlatti enjoué, inventif, presque fantasque.
Olivier Cavé : Je vous trouve très dur avec les interprètes du passé. Les versions de Maria Tipo et Ivo Pogorelich, entre autres, sont exceptionnelles. Grâce au travail intense et "scientifique" du mouvement baroqueux, nous ne jouons plus la musique baroque comme il y a 60 ans. Tant de portes nous ont été ouvertes. A nous, "musiciens d'instruments modernes", d'aller voir ce qu'il y a derrière... Domenico Scarlatti ne nous a donné quasiment aucune indication sauf celle de ne pas prendre sa musique trop au sérieux, dans sa préface des Essercizi. Nous sommes libres ! J'aime cette liberté. J'ai joué ce que j'ai lu entre les lignes de ces partitions merveilleuses. Une Sonate brillante a peut-être un visage caché. Si je la joue lente, elle devient une danse mélancolique. Comme Pulcinella, le célèbre personnage de la "Commedia Napoletana". Sous son masque triste, il sourit!
On sent y compris de multiples influences de musiques populaires italiennes mais aussi espagnoles. Les couleurs de la fête sont bien présentes. Je suppose que c’est aussi un choix de votre part de faire ressortir ce caractère festif. O.C. : La musique baroque napolitaine du XVIIème et XVIIIème siècles s'inspire souvent de la musique populaire. C'est comme une tradition. Ecoutez les Cantates de Noël de Cristofaro Caresana, ce sont des Tarantelles! Domenico Scarlatti a été formé à cette école, sa musique vient de la rue, de la vie. Il essaie d'imiter la Vie à son clavier avec un génie et une inspiration inégalée. Certaines Sonates sont festives, d'autres mélancoliques ou lyriques, tristes ou sarcastiques. C'est ce que je lis entre les lignes de ces partitions et que j'essaie de rendre au mieux à mon instrument.
Pensez-vous que Scarlatti, s’il avait eu un piano moderne, aurait aimé rendre les nuances que vous révélez ?
O.C. : Je pense que Domenico Scarlatti et son élève, Maria Barbara, la reine d'Espagne, se sont intéressés de près au développement de ce nouvel instrument qu'était le forte-piano, ancêtre du piano. Nous savons qu'il y en avait à la cour d'Espagne. Nous ne saurons jamais comment Scarlatti aurait joué ses Sonates au piano. Heureusement! Ce mystère nous offre encore plus de liberté.
Où réside la difficulté dans les sonates que vous avez sélectionnées ? O.C. : La difficulté de toutes les Sonates de Scarlatti est la spontanéité. La fraîcheur doit rester, malgré les heures de travail technique que certaines de ces petites pièces demandent. Nous devons redonner ce caractère improvisé à chaque Sonate. N'oublions pas que Domenico Scarlatti a été peut-être le premier improvisateur.
Quels ont été les artistes qui vous ont le plus influencé dans votre lecture de ce répertoire ?
O.C. : Tout le mouvement baroqueux. Rinaldo Alessandrini qui fait un travail musicologique et musical passionnant. Puis naturellement mes maîtres: Maria Tipo, une des très grande ambassadrice de Domenico Scarlatti, et Aldo Ciccolini, avec qui j'ai préparé ce disque à Naples.
Je viens de trouver cet extrait (en deux vidéos youtube) du concert donné en octobre 2003 par Esa-Pekka Salonen à la tête du L.A. Philharmonic. On retrouve la même fulgurance, la rythmique implacable, la netteté des différents plans sonores. Frissons garantis.
Partant pour quelques jours me dépayser en Islande, je trouve que cet extrait peut aussi constituer un petit clin d'œil (le caractère brut et les couleurs saturées des paysages islandais, la filiation avec la Scandinavie).
L'interview est extrêmement intéressante et je vous en recommande chaudement la lecture.
Elle permet notamment de prendre connaissance de la première édition du Festival les Méridiennes, initié par Antoine Guerber, et se déroulant du 15 au 24 juillet à Tours.
Avec une maîtrise technique impressionnante il nous propose une lecture assez prenante et plutôt convaincante. Le discours est cohérent de bout en bout et révèle une connaissance approfondie de chacune de ces variations. Il met en évidence les liens entre chaque variation, les traitant toutes de façon homogène et sans le parti pris de mettre en évidence des différences de climats ou de couleurs.
Le tempo est assez rapide, Kenneth Weiss imprimant une certaine tension de bout en bout. Le plus notable est l'articulation particulièrement maîtrisée et surtout la clarté de la ligne. Chacune des variations révèle ses ressorts harmoniques avec une sorte d'évidence. Le toucher est net et d'une fermeté constante. On peut ne pas adhérer à cette approche qui pour certines oreilles avides de contrastes risque d'apparaître sans aspérités.
Le label indépendant canadien Analekta propose un site qui constitue un excellent exemple de ce que devrait être une bonne plate-forme d'accès à la musique. Il regroupe aussi bien le catalogue en ligne du label, qu'une web radio, un site vidéo (d'ailleurs très intéressant), un blog et une plate-forme de chargement de musique en ligne.
Les concepteurs de ce portail ont en outre eu l'excellente idée de ne pas développer un forum, toujours extrêmement délicat à gérer et à modérer, y compris dans le monde sensé être plus "feutré" de la musique classique. Quand on voit la nature quasi-injurieuse de certains propos sur le forum de Qobuz, on obtient une confirmation flagrante de la surveillance continue que nécessite la cyber-démocratie avec des individus qui confondent les sites communautaires et participatifs avec des "défouloirs".
La mise en page du site d'Analekta est limpide, le fond blanc procure une belle lisibilité et revient à une sobriété efficace et reposante. Il fournit l'occasion aux francophones de découvrir une partie de la communauté des musiciens professionnels canadiens.
Je recommande chaudement la visite régulière de ce site très réussi.
Ma découverte des quatre Ballades opus 10 de Johannes Brahms s'est faite au travers du jeu fulgurant et dense d'Arturo Benedetti Michelangeli(enregistrement de 1981 sous le label Deutsche Grammophon). Ce fut un véritable choc et cette oeuvre dite de jeunesse de Johannes Brahms est d'une telle puissance expressive qu'elle m'a littéralement précipité dans l'univers de ce compositeur pour ne jamais vraiment le quitter.
J'ai trouvé l'interprétation de la 2ème Ballade en ré majeur (ma préférée) par Michelangeli d'un lyrisme fou et d'une intensité incroyable. La tension extrême ne fléchit jamais. La version que j'ai trouvée sur Youtube est malheureusement d'une qualité sonore médiocre mais on peut surpasser cet obstacle tant le jeu du pianiste italien est hypnotique.
Pour ouvrir un tout petit peut l'horizon vers une touche en apparence plus légère, plus méditative, moins sombre mais tout aussi poignante, je propose également une belle version live d'Emil Gilels.
Je trouve que ces deux versions se complètent admirablement.
L’ensemble Dolce & Tempesta a enregistré des concertos et une sonate, pour la plupart inédits, du compositeur napolitain Nicola Fiorenza.
A l’écoute des concertos, de la sonate et de la sinfonia enregistrés dans ce disque, on retrouve différentes influences. On pense indéniablement à l’école vénitienne dans le concerto pour flûte et cordes en fa mineur proposé en introduction. L’écriture est légère, aérienne, virtuose. Il en est de même pour les concertos pour violon en la mineur et en sol majeur.
L'offre de "streaming" de vidéos de concerts classiques s'enrichit sur ARTE avec le site liveweb.art.tv. J'ai identifié quelques concerts intéressants dont celui donné à la Salle Pleyel le 15 mai dernier avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction de Philippe Jordan (le fils d'Armin...) et au piano François-Frédéric Guy. Ce dernier a entamé une intégrale au disque des concertos pour piano de Beethoven. Il interprète ici le 5ème, l'Empereur, en mi bémol majeur.
J'ai ajouté ce lien vers la "web TV" d'Arte sur la colonne de gauche du blog dans la catégorie Musique en ligne.
Bon concert et encore merci à Hélène Pierron de m'avoir fait découvrir ce site.
La 18ème Nuit de la Voix Orange s'est déroulée cette année le 23 juin dans un lieu insolite : le Cirque d'Hiver.
Cinq formations musicales soutenues par la Fondation Orange sont donc entrées tour à tour en piste pour nous faire découvrir des univers à chaque fois très différents mais aussi permettre à des directeurs artistiques de maisons de disques et organisateurs de festivals de découvrir leurs talents.
Certains de ces groupes jouissent déjà d'une certaine notoriété. C'est le cas de l'ensemble Contraste, dont j'avais parlé (cf. note du 8 janvier 2009) et qui assurait le rôle de fil rouge pendant la soirée, ponctuant l'enchaînement des différents intervenants, d'intermèdes sous le signe du Tango ou de la Milonga. Le quatuor Contraste (Geneviève Laurenceau violon, Arnaud Thorette alto et direction artistique, Raphael Merlin violoncelle Johan Farjot piano, direction musicale), réalise à nouveau une belle démonstration à la fois de son inventivité musicale, de la pertinence de ses transcriptions mais aussi de son excellent niveau technique. L'aisance déconcertante avec laquelle il déploie sa lecture très personnelle de ces pièces du répertoire argentin procure une sensation singulière de liberté à l'écoute de pièces justement connues pour répondre à des codes très précis, harmoniques et rythmiques et auxquelles même les plus grands compositeurs comme Astor Piazzolla ne dérogeaient pas vraiment. L'excellent duo de chanteurs constitué par Magali Léger, soprano, et Alain Buet, baryton, est même venu se joindre à l'ensemble Contraste ).
Le spectacle commence par l'entrée du CREA d'Aulnay-sous-Bois, dirigé par Didier Grojsman. Cet ensemble de jeunes chanteurs, aussi bien à l'aise sur le chant choral que sur l'expression scénique, n'a rien à envier aux "institutions" comme la Maîtrise des Haut-de-Seine ou de Radio France. Ces choristes ont interprété avec justesse et enthousiasme des extraits du Tour du Monde en 80 jours de Louis-Dunoyer de Segonzac et de Marco Poloet la Princesse de Chine d'Isabelle Aboulker. L'apparente facture classique de ces pièces ne doit pas cacher une difficulté technique indéniable que ces jeunes chanteurs ont déjouée avec une fraîcheur indéniable. La cohésion du groupe et sa complicité avec le chef de chœur font partie de ces expérience humaines que l'on est heureux de vivre en "live".
Vient ensuite l'ensemble Aquilon (dirigé par Sébastien Mahieuxe) sur un répertoire en apparence austère mais particulièrement intéressant avec, un Salve Sancta Parens, composition corse du XVIIème siècle qui annonce les fameux chœurs corses modernes, aux sonorités capiteuses et envoutantes. Le groupe a ensuite enchaîné le superbe In te Domine spes d'André Campra, de loin la plus belle pièce qu'il interprète ce soir là, dont certaines audaces harmoniques sont vraiment sublimes, et un O amor, Elévation de Marc-Antoine Charpentier.
Le moment d'inflexion de la soirée vient alors lorsque l'excellent et surprenant ensemble Les Cris de Paris intervient, sous la direction du pétillant et drôle Geoffroy Jourdain. Avec un sens indéniable du second degré, il fait interpréter par son ensemble choral de plus de trente chanteurs des arrangement sidérants de "tubes" comme Can't get you out of my head de Kylie Minogue ou Hung up de Madonna. Aux clins d'œil et références diverses de la mise en scène menée tout en finesse parBenjamin Lazar s'associe la direction chorale malicieuse mais hyper-précise de l'excellent Geoffroy Jourdain. Le public se déchaîne littéralement lors des applaudissements clôturant la prestation impressionnante du groupe. Les arrangements plongent ces airs pourtant gravés dans nos mémoires d'anciens (et actuels) ados dans un univers presque onirique avec une finesse inouïe dans la transcription où quasiment chacun des trente chanteurs est amené à avoir une contribution unique dans des enchaînements de rythmes et d'harmonies particulièrement complexes. Très beau travail cohérent, d'apparence ludique mais qui doit demander un travail certain !
La soirée se termine avec la belle prestation de l'ensemble Les Paladins, dirigé par Jérôme Correas et qui s'est spécialisé dans l'interprétation de pièces inédites du répertoire baroque. Ce soir là, il nous fait découvrir des extraits du IIème acte de la Fausse Magie, comédie écrite par le compositeur belge André-Ernest-Modeste Grétry. Avec finesse et vivacité, Jérôme Correas nous fait découvrir quelques extraits savoureux de cette comédie, avec le soutient malicieux et la belle complicité d'un trio de chanteurs assez en forme (à nouveau Magali Léger , Alain Boyet, magnifique d'expressivité et surtout, l'excellente soprano Anna Maria Panzarella, qui joue une diseuse de bonne aventure truculente et très drôle).
La soirée se termine avec un bel exercice regroupant toutes les formations qui se sont produites pour interpréter une transposition émouvante et singulière de La vie en rose, sous la direction de Geoffroy Jourdain.
Le public et été vraiment conquis, ce qu'on espère autant pour les auditeurs de Radio Classique et les téléspectateurs deMezzoqui ont pu assister à ce concert en direct.
Bravo à la Fondation Orange et à Philippe Maillard Productions de nous avoir permis de découvrir le talent des ensembles qu'ils soutiennent. Souhaitons-leur de connaître un bel essor.
Philippe Herreweghe a eu la gentillesse de m’accorder un entretien avant la retransmission du concert qu'il donnait sur TheVSession.com. Nous avons notamment abordé sa lecture du répertoire polyphonique.
Après un remarquable enregistrement des Cantiones Sacrae sex vocum de Roland de Lassus avec le Collegium Vocale de Gand, vous nous faites découvrir au concert des pièces du compositeur espagnol Cristobal de Morales dont la Missa « De Beata Virgine ». Y-a-t-il une différence marquée dans l’écriture polyphonique de ce compositeur par rapport aux maîtres franco-flamands et, quelque part, une spécificité du style espagnol ?
Philippe Herreweghe : il y a autant de différences entre les maîtres de la composition polyphonique de la Renaissance qu’entre, par exemple, Mendelssohn et Brahms pour prendre des références bien plus récentes. On parle en effet de spécificité du style espagnol à propos de l’écriture de Cristobal de Morales. Celle-ci se traduirait par plus de gravité, d’austérité, de « sérieux ». Dans le cas de Morales, notamment par rapport à Victoria par exemple, on ne peut pas dire que son style soit tout de même aussi marqué. Il a longtemps séjourné à Rome au début de sa carrière avant de résider définitivement en Espagne. Le caractère « hispanique » de ce compositeur n’est pas complètement évident, de même qu’on ne peut pas autant dégager de particularité de son écriture, contrairement à un grand maître comme de Lassus que je connais bien pour l’avoir de nombreuses fois déchiffré et interprété. Un génie comme de Lassus, s’il suit les codes de ses ainés, marque définitivement de son empreinte, de sa personnalité, toutes les pièces qu’il a écrites.
A quelles difficultés d’interprétation est-on confronté sur ce répertoire ?
P.H. : Elles sont nombreuses car on ne dispose finalement que de peu d’indications sur les points essentiels pour l’interprétation : la partition mentionne une composition pour quatre ou cinq voix, avec quatre ou cinq clés, et dont on ignore le plus souvent la hauteur (par exemple pour un alto, même si on savait qu’il n’y avait pas de femmes dans ces ensembles lors des offices, il pouvait s’agir de voix de faussets, de castras ou de garçons). De même que l’on ignore le nombre de chanteurs par voix ou même s’ils étaient accompagnés par des instruments, ces derniers faisant office de continuo. En outre, se pose en permanence la question de la bonne trame harmonique, compte tenu du fait que les compositions de l’époque ne suivait pas les principe de notre gamme moderne et que la notion de tonalité n'existait pas. Nous devons donc procéder à des altérations sur certaines notes afin, quelque part, de reconstituer nos repères harmoniques. Enfin, reste la question essentielle du phrasé, de la rhétorique, à savoir, la façon dont on doit plus ou moins accentuer ou prolonger certaines notes par rapport au texte. Là encore, nous ne disposons que de très peu d’indications. Dans le cas de Roland de Lassus, on est plus aidé que dans celui de Cristobal de Morales. En effet, de Lassus nous a laissé une abondante correspondance qui nous fournit des clés utiles pour déchiffrer ses pièces et rechercher ainsi la bonne rhétorique.
Les motets et messes, pour de Lassus comme pour de Morales, sont indiquées pour quatre, cinq ou six voix.Qu’est-ce qui vous a conduit à au moins doubler chaque voix dans le cadre de vos interprétations avec le Collegium Vocale de Gand ?
P.H. : Ce qui compte c’est le rendu de ces pièces. Il faut rester très pragmatique. Si l’on obtient un meilleur rendu, plus d’ampleur tout en préservant l'architecture de ces motets, on a alors atteint l’objectif.
La formation des chanteurs à ce répertoire spécifique doit aussi être importante.
P.H. : Oui, ce d’autant plus que nous avons au Collegium Vocale de Gand des chanteurs de nationalités, de sensibilités et surtout de formations différentes. Nous avons notamment des chanteurs britanniques, formés à l’école anglaise du chant polyphonique et dont les méthodes d’apprentissage de ces compositions sont différentes de celle que nous avons par exemple en Belgique ou en France. Dans un système anglais où la musique est en grande partie de financement privé, les ensembles ont souvent moins de moyens donc moins de temps qu’en France ou en Belgique pour répéter. Nous avons, pour notre part, la chance de disposer de subventions et de plus de temps. Nous pouvons plus nous attarder sur le phrasé, les différentes particularités de la rhétorique de ces pièces polyphoniques pour tenter au mieux de restituer leur richesse ainsi que, notamment, le lien intime entre la trame harmonique et la prosodie latine avec l’accent quelquefois sur certaines parties du texte.
Il faut savoir qu’à l’époque de ces compositions, les chanteurs de ces formations au XVIème siècle, en Italie, en France comme dans les Flandres, étaient issus d’une très rigoureuse et stricte sélection. Ils suivaient un cursus de très haut niveau, aguerris non seulement à la lecture, au chant mais aussi à la théorique musicale et ils pratiquaient le latin comme langue courante donc ils le comprenaient et le vivaient. Leur niveau général, tant sur le registre de la technique vocale que de la formation musicale pour servir ce répertoire, était donc certainement bien supérieur à la plupart des meilleurs chanteurs actuels.
Vous dirigez le Collegium Vocale de Gand sur ce répertoire du chant polyphonique de la Renaissance avec une pertinence tout aussi impressionnante que lorsque vous dirigez l’Orchestre des Champs-Elysées sur des symphonies de Bruckner. Quel est le secret de votre aisance dans ce passage entre des univers musicaux qui paraissent si différents ?
P.H. : Il n’y a pas de différence fondamentale entre par exemple un motet Roland de Lassus et un mouvement d’une symphonie d’Anton Bruckner. Les deux sont fondamentalement régis par le contrepoint. Ils ont quelque part la même identité. La différence c’est, d’un côté un ensemble vocal a cappella, et de l’autre un orchestre avec certes de nombreux instruments de timbres différents mais c’est finalement un détail!
Il est possible d'écouter et visionner le concert qu'a donné Philippe Herreweghe avec le Collegium Vocale de Gand sur le site TheVSessions.com.
Je vous propose de découvrir cette vidéo que j'ai postée sur la chaîne Youtube du Poisson Rêveur (Musica Pictura), et tirée de la 16ème Nuit de la Voix de la Fondation Orange (avec l'aimable autorisation de cette dernière). Vous reconnaitrez une artiste qui a été soutenue par la Fondation et qui maintenant vole avec une belle aisance de ses propres ailes (GF Haendel - Jules César, Ouverture - Le
Concert d'Astrée - Direction Emmanuelle Haïm).
Concert mercredi 10 juin à l'Eglise des Blanc-Manteaux dans le cadre des Grands Concerts Sacrés produits par Philippe Maillard. Philippe Herreweghe, à la direction du Collegium Vocale de Gand nous fait découvrir des motets et la Missa "De Beata Virgine" de Cristobal de Morales.
Ce compositeur espagnol, qui a séjourné lors des premières années de sa vie à Rome, notamment comme chanteur à la Chapelle Papale, a ensuite, de retour en Espagne (Malaga), connu une réelle consécration en Europe. Il fut certainement le premier des compositeurs de musique polyphonique sacrée à bénéficier d'une très rapide notoriété de son vivant notamment grâce aux développements de l'imprimerie, contribuant à largement diffuser ses créations, d'ailleurs assez prolifiques (plus de 200 pièces répertoriées dont 23 messes).
Philippe Herreweghe nous fait découvrir le Salve Regina et quatre autres motets en plus de la messe pour nous permettre d'appréhender les différentes facettes des compositions de Cristobal de Morales. Par rapport à un Roland de Lassus ou, bien entendu, un Josquin Desprez qui ont marqué de leur forte personnalité les œuvres qu'ils ont composées, Cristobal de Morales ne fait pas vraiment sortir de spécificités qui permettraient de qualifier clairement son style. On parle de touche espagnole, avec une certaine gravité ou austérité. Ceci est perceptible par moment mais non systématique. Le ténébrisme du superbe "Lamentabatur Jacob" fait certes inévitablement penser aux couleurs sombres, à la noirceur typiques du style dit "hispanique". Le plus marquant chez Cristobal de Morales, et qui rappelle bien ses filiations avec, par exemple un Nicolas Gombert, est indéniablement la texture resserrée de ses harmonies.
Il ne s'écarte que très rarement de la ligne principale, à savoir les accords de voix qui se succèdent et se recouvrent par imitation et on le sent plus à la recherche d'une certaine densité, que d'une inventivité harmonique ou rythmique, contrairement à un génie comme de Lassus, capable de toutes les audaces. Les motets de Cristobal de Morales sont indéniablement d'une haute tenue, ce dernier ayant parfaitement assimilé la rhétorique de la polyphonie franco-flamande. Toutefois, ils sont invariablement prévisibles. L'émotion passera plus par un certain lyrisme, les choix d'accentuation de certains phrasés, cette densité des sonorités que par le croisement savant des lignes.
Philippe Herreweghe fait le choix extrêmement judicieux d'imprimer une tension permanente mais parfaitement dosée, de rechercher un certain relief sur le phrasé, la prosodie latine. L'ensemble de ces motets se révèle de façon assez homogène. Comme toujours chez ce grand chef, l'interprétation est particulièrement aérienne, inspirée avec une belle souplesse dans l'inflexion des différentes voix. Il nous prodigue à nouveau une leçon magistrale où il associe avec subtilité tension de la ligne et plasticité des voix.
Comme toujours, le Collegium Vocale de Gand est d'un niveau technique inouï et nous transporte dans sa capacité à rendre les innombrables nuances que révèlent ces compositions sacrées.
J'ai eu le grand plaisir (et honneur) de rencontrer Philippe Herreweghe au lendemain de ce très beau concert et vous ferai partager très prochainement la chronique que j'ai rédigée à la suite de cette interview. Avec notre discussion passionnante et le temps qu'il a eu la gentillesse de me consacrer, on dispose d'un bel éclairage sur les problématiques liées à l'interprétation de ce répertoire.
Bravo encore à Philippe Maillard Production et à la Fondation Orange de nous permettre d'écouter des concerts d'une si haute tenue.
NB : pour vous faire une impression des compositions de Cristobal de Morales, vous pouvez entendre sur Spotify l'intégralité de la Missa Mille Regretz qu'il a composée à partir de la même messe de Josquin Desprez et interprétée par l'ensemble britannique Hillard Ensemble.
Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale de Gand continuent, sous le label Harmonia Mundi, leur exploration des cantates de JS Bach avec les quatre cantates BWV 22, 23, 127 et 129. Par rapport aux derniers enregistrements de cantates du Cantor par cet ensemble (notamment le superbe disque "Weine, Klagen », comprenant les cantates BWV 12, 38 et 75 ou « Wir danken Dir, Gott » avec les cantates BWV 29, 119 et 120), ce dernier disque révèle un climat plus intimiste, une forme d'introspection particulière.
Même si les couleurs de ces cantates sont rendues avec de belles nuances, une certaine « retenue » préside à leur interprétation. On peut attribuer cela à la nature notamment particulière des deux premières cantates (BWV 22 et 23) où le contrepoint est particulièrement travaillé et la texture plus resserrée et ouvrage que les cantates chorales que JS Bach écrira plus tard.
Cette année qui commémore les deux cents ans de la mort de Joseph Haydn doit être l'occasion de partager certaines de ses œuvres qui, si elles sont moins interprétées, n'en sont pas pour autant des pièces mineures, tout au contraire.
C'est le cas de l'Oratorio Il ritorno di Tobia, que le label Naxos avait eu la brillante idée d'enregistrer en 2006. Bien moins connu que la Création ou les Saisons, il s'agit du premier oratorio composé par Haydn. Il comprend quelques choeurs et arias d'une belle virtuosité et qui préfigurent tout le génie de l'écriture lyrique et sacrée du maître autrichien.
La version proposée par Naxos, sous la direction d'Andreas Spering (à la tête de la Capella Augustina et du VokalEnsemble Köln, assisté du chef de choeur Max Ciolek) est fine et pétillante. Ce coffret de trois CDs est un vrai régal et avait été unanimement salué par la critique. L'écoute de cet oratorio vous fournira la confirmation de la force et l'inventivité de l'écriture musicale de Joseph Haydn et, une fois encore, son influence incontestable sur les grands compositeurs à venir. Tout comme pour la musique de chambre ou les symphonies il démontre à nouveau ici comment il a ouvert de nombreuses voies.
L'inscription sur le site pour ce concert est de 5 euros. Je trouve que c'est une belle occasion d'écouter ce magnifique chœur qui excelle dans le répertoire polyphonique, surtout sur un répertoire polyphonique différent de celui des maîtres franco-flamands, avec des tonalités plus sombres et des sonorités d'une forte densité. Je me suis pour ma part d'ores et déjà inscrit.
Dans le cadre du partenariat du blog Le poisson rêveur avec la Fondation Orange, cette dernière a la gentillesse de me mettre à disposition 5 invitations pour 2 personnes à la 18ème Nuit de la Voix qu'elle organisele mardi 23 juin à Paris.
Si cela vous intéresse d'assister à cette soirée, merci de me poster un commentaire et nous procéderons ensuite par échange d'e-mails pour convenir de la récupération des invitations.
La soirée est l'occasion de découvrir les artistes soutenus par la Fondation Orange. Sont prévus au programme :
Le CREA d’Aulnay-sous-Bois – Direction Didier Grojsman.
Classic Tango avec l’ensemble Contraste.
Aquilon – Direction Sébastien Mahieuxe (programme : extraits Campra, Charpentier).
Les Cris de Paris – Direction Geoffroy Jourdain (programme : extraits du spectacle « La la la Opéra en chansons »).
Les Paladins – Direction Jérôme Corréas (programme : extraits de la Fausse Magie de Gretry (1775) – Acte II - Solistes : Magali Léger, Anna-Maria Panzarella, sopranos ; Alain Buet, baryton).
Merci encore à la Fondation Orange pour cette belle opportunité de découvrir les ensembles musicaux et vocaux qu'elle parraine.
Un monument comme la Messe en si de Jean-Sébastien Bach semble
décidément être le matériau de choix pour opposer les deux lectures
possibles des œuvres sacrées du Cantor. D’un côté la lecture à laquelle
nous sommes la plus habitués, aussi bien chez les classiques que nombre
de baroqueux, à savoir l’interprétation avec un chœur complet. L’autre,
résultant des thèses soutenues par Joshua Rifkin et Andrew Parrott
selon laquelle le chœur n’est en fait le regroupement des solistes.
Konrad Junghänel et Sigiswald Kuijken sont les deux chefs actuels qui
ont le plus exploré cette option d’une voix par partie, pas seulement
sur la Messe en si mais aussi sur des cantates chorales.
J'avais déjà mentionné mon admiration pour la version deMasaaki Suzuki
dont le niveau d'élévation est indéniable et qui s'impose comme une
évidence (cf. note du 2 décembre 2007). J'avais également exprimé ma réserve sur la portée de l'interprétation solistique que Konrad Junghänel avait donnée avec le Cantus Cölln au Théâtre des Champs-Elysées le 13 janvier dernier (cf. note du 18 janvier 2009).
Le père (Daniel Cuiller, à la tête de l'ensemble Stradivaria) et le fils (Bertrand Cuiller, au clavecin) nous livrent chez Mirare l'une des plus belles versions que l'on puisse imaginer de trois concertos pour clavecin et orchestre de JS Bach (ré mineur BWV 0152, sol mineur BWV 1058, fa mineur BWV 1056, la majeur BWV 1055).
La formation orchestrale est volontairement "chambriste" (2 violons, 1 alto, 1 violoncelle et 1 contrebasse) et le rendu général est particulièrement enthousiasmant.
Tout d'abord, on peut enfin écouter un clavecin qui n'est pas écrasé par la masse orchestrale, et, surtout, on a affaire ici à des musiciens qui montrent un degré de cohérence et une unité assez rare pour être soulignée. Le jeu de Bertrand Cuiller, alerte et léger, fait pétiller son clavecin. Il nous délivre des sonorités fines comme de la dentelle, tout en conservant un certain mordant, une vivacité toute contrôlée. En effet, il ne faut pas se méprendre pour autant. Cette version imprime d'emblée, sur chaque concerto, une certaine tension de la ligne qui ne se ralâche jamais. La pulsation, déterminante dans ces concertos, est parfaitement maîtrisée, subtilement maintenue et la vivacité de cette version n'a rien d'agressif ou d'expéditif, bien au contraire.
On peut regretter occasionnellement un tempo un peu trop rapide (particulièrement sur le concerto en sol mineur) mais c'est aussi parce que nos oreilles ont été certainement par trop habituées à des trains de sénateurs sur de nombreuses versions précédentes.
La famille Cuiller joue ces concertos avec un naturel et une spontanéité confondante. Tout cela respire, vit, "sans se poser de questions métaphysiques". C'est aussi un version où les interprètes s'engagent de façon certaine et avec le parti pris d'une version que je situerais volontiers sous le signe de la danse et d'un petit clin d'œil à l'improvisation, ce qui, dans le cas de JS Bach est d'un sacré culot. Le signe de la danse, cela n'a rien de surprenant quand on se rappelle les nombreuses contributions de Daniel Cuiller à différentes productions chorégraphiques.
Un autre point intéressant dans le parti pris de cette version est l'apparente opposition entre la légèreté, luminosité du clavecin et la gravité, noirceur de l'orchestre (ah ! les relations père / fils, un peu comme Wolfgang Amadeus avec Leopold !...).
Parmi les petites merveilles de ce disque, j'ai noté la version du concerto en fa mineur, notamment son fameux Largo.
Par rapport à la version un peu "tarabiscotée" de David Fray évoquée récemment (cf. note du 25 avril 2008), les Cuiller nous fournissent une belle leçon d'humilité et d'évidence. Par rapport à celle de Murray Perahia, chère à mon cœur malgré ses accents assurément aguicheurs (cf. note du 16 octobre 2006), on revient à une lecture plus sobre, moins ampoulée. Certes, je compare l'incomparable (versions piano et version clavecin).
Je trouve que ce disque est une vraie réussite, sur un répertoire aux versions pourtant innombrables. Un de mes disques coups de cœur de l'année 2009.
Décidément, Philippe Herreweghe continue à nous fasciner par son intelligence musicale hors du commun. Après le superbe enregistrement des Cantiones Sacrae sex vocum de Roland de Lassus avec le Collegium vocale de Gent (cf. note du 12 mars 2009), il nous offre une version de la 5ème symphonie en si bémol majeur d'Anton Bruckner avec l'Orchestre des Champs-Elysées, d'une plénitude rare. Cette facilité de passage à deux univers musicaux aussi radicalement différents est vraiment fascinante.
On pourra alors opposer cette lecture, typique de l'identité sonore du travail orchestral du chef belge, aérienne, lumineuse et aux sonorités chatoyantes, à la sublime version d'une densité incroyable et d'une noirceur terrifiante que Nikolaus Harnoncourt avait enregistrée et le Philharmonique de Vienne (cf. note du 26 décembre 2006).
Dans les premiers enregistrements Brucknériens de Philippe Herreweghe (comme 4ème ou la 7ème symphonie), le seul petite reproche que l'on pouvait faire jusqu'alors était que cette chaleur des timbres, la ductilité qu'apportent les instruments anciens sur ce registre pouvaient pêcher par manque à la fois d'ampleur et de mordant dans les attaques.
Toute la complexité est bien là dans les symphonies de Bruckner. La nécessaire ampleur orchestrale qui doit servir le caractère massif, imposant de ces œuvres mais qui doit être conjuguée tout de même avec une dynamique, une clarté des plans sonores indispensables pour servir au mieux les changements brusques et incessants de climats est le marquage net, tendu des ostinatos très caractéristiques de l'écriture brucknerienne.
Par
rapport justement à la 4ème ou la 7ème symphonie de Bruckner avec le même
orchestre, Philippe Herreweghe aborde cette fois les attaques avec une belle férocité, établit une tension de la ligne tenue de bout en bout. Car il est bien question ici de
tension permanente, d'opposition incessante de climats, de
tiraillements, de l'Adagio d'introduction au Finale.
Anton Bruckner était fasciné par le Requiem de Mozart. La direction
finalement très XVIIIème siècle de Philippe Herreweghe (formation
orchestrale plus réduite, instruments anciens) met en évidence de façon
flagrante la parenté de l'un des thèmes principaux de la 5ème symphonie
de Bruckner (dévoilé au milieu du premier mouvement et repris dès
l'ouverture du Finale) avec le non moins saisissant Introitus du Requiem de Mozart.
Philippe Herreweghe réussit ici une splendide version une haute tenue des
différents instrumentistes (les quatre cors, cruciaux comme toujours
chez Bruckner, Marcel Ponseele, hautboïste, fidèle des fidèles de Philippe Herreweghe, comme toujours sublime, surtout sur l'introduction de l'Adagio).
Ce souci de transparence, de clarté, nous permet enfin de découvrir un Bruckner bien moins rustre et sévère. Ce chef d'œuvre imposant semble gagner en proximité et nous révélant une autre part de ses mystères. On y retrouve bien entendu les ressorts mystiques, presque panthéistes de cette composition mais de façon beaucoup moins écrasante, démonstrative et intimidante que dans les versions germaniques.
Dans la note du 3 février 2009, j'avais mentionné l'attrait de Spotify. Contrairement à Deezer ou LastFM, Spotify est un applicatif à installer sur votre PC qui ensuite vous restitue les airs que vous recherchez en streaming par interface avec les serveurs de Spotify. Il s'agit indéniablement de l'interface la plus simple et la plus réussie. La qualité sonore est également de très bon niveau.
J'avais omis de mentionner Deezer.com parmi les sites d'accès gratuit à la musique en ligne alors qu'il est l'un des tous premiers dans sa catégorie (en tout cas en nombre d'utilisateurs). Tout comme LastFM, Musicovery ou Spotify (qui d'ailleur est un logiciel à installer localement et non un site) le site permet de constituer sa chaîne web personnalisée en créant des playlists. Deezer se revendique comme le premier site de musique à la demande gratuit et légal.
Tout comme pour les autres sites déjà mentionnés, si vous tapez "Mozart", "Beethoven", on vous guidera respectivement vers 54 et 31 "albums" dont les références sont on ne peut plus elliptiques. Dans certains cas il est même impossible de connaître les interprètes. Quand aux labels, n'en parlons pas. Enfin, on a par moment l'impression que la sélection des albums a été faire par André Rieu (ex : the Ultimate Most Relaxing).
D'ailleurs, si vous cliquez ensuite sur l'onglet "concerts", on ne vous propose que des concerts... d'André Rieu ! (si, si !).
Les tags appliqués à certains sélections sont amusants et révélateurs de la vision des compositeurs et de leurs oeuvres qu'ont les visiteurs du site : on trouvera un tag "relaxing" sur le quintet pour clarinette de Mozart (bien vu !), "toujours aussi beau" sur le requiem.
Sinon, dans la catégories des "grands veinards" (tiens, un nouveau tag à proposer), on retiendra Joseph Haydn avec 1 track pour un album (3ème mouvement de la 8ème symphonie (?), Schubert avec 4 albums (bien mais peut mieux faire), Haendel avec 6 albums (la classe).
Enfin, plus sérieusement, la très bonne idée de ce site est d'établir des liens avec des vidéos Youtube associées à votre recherche. L'une d'entre elle s'affiche par défaut à droite.
Julia Fischer a enregistré les concertos en la mineur et mi majeur ainsi que le concerto pour deux violons en en ré mineur (avec Alexander Sitkovetsky) et le concerto pour violon et hautbois en ut mineur (avec Andrey Rubtsov) de JS Bach, accompagnée par l’ensemble the Academy of Saint Martin in the Fields (label DECCA).
On ne peut pas vraiment dire que son passage chez DECCA soit pour l’instant une réussite. Il est malheureusement synonyme du lissage, de « l’impersonnalisation » de la sonorité qui demeure le maître mot de ces labels internationaux où le Marketing semble prendre l’ascendant sur la direction artistique. Quand on écoute ces concertos, d’une technique parfaite mais sans aspérités, lisses, sans le moindre mordant, et que l’on se met à lire ensuite la notice d’accompagnement du disque, on comprend bien la « cohérence » du disque. Julia Fischer revendique une lecture qui n’est ni baroqueuse, ni romantique mais « moderne » (sic).
Avec un effectif instrumental restreint (Sigrun Richter au chitarrone et Hille Perl à la viole de Gambe), la soprano allemande Gundula Anders interprète une série d'arias tirées de madrigaux et lamenti ainsi que de canzoneta, écrites par Sigismondo d'India. Elles sont ponctuées de pièces pour instruments seuls (préludes, toccatas, chacones) composées par des contemporains du maître italien du madrigal.
Ce disque permet de bien appréhender les spécificités de l'univers propre à Sigismondo d'India. Les sélections opérées révèlent particulièrement bien ses audaces harmoniques, notamment un usage surprenant de chromatismes et de dissonances qu'il est certainement le seul à explorer de façon aussi prononcée.
Je viens de créer la chaîne Youtube du blog Le poisson rêveur sous le nom de Musica Pictura(étonnant que ce nom n'ait pas encore été pris parmi les innombrables utilisateurs de Youtube).
Cette chaîne a pour vocation de regrouper des vidéos liées à des morceaux choisis, interprètes qui me sont chers (rubrique favoris), des playlists (la première créée est dédiée au jazz) ainsi que des vidéos d'amis musiciens interprètes amateurs ou professionnels.
Elle comprend également la liste de chaînes Youtube auxquelles je me suis abonné.
Si vous êtes déjà utilisateur (ou utilisatrice) Youtube et que cette chaîne retient votre attention, vous pouvez vous y abonner (en cliquant sur le bouton jaune "s'abonner"). Vous pouvez également vous déclarer comme ami de la chaîne et poster des commentaires. Je vous remercie par avance pour votre contribution à développer la petite communauté autour de cette chaîne.
En espérant qu'elle vous fournira un complément utile et agréable au blog.
Je viens de créer une vignette pemanente sur la colonne de gauche du blog et qui renvoie à cette chaîne.
Je viens de recevoir un mail de Weborama qui prend acte de l'annulation de mon compte. Ils l'effaceront définitivement le 21 mai prochain. Vous aurez donc certainement encore ces "pop-ups" d'ici au 21 mai. En principe, ces intrusions disparaitront alors définitivement.
Je suis à nouveau désolé pour ce désagrément indépendant de ma volonté !
Le commentaire judicieux de Tadzio du 16 avril 2009 m'a alerté sur des "pop-ups" qui apparaitraient de façon intempestive à la lecture de mon blog. J'étais d'autant plus étonné que j'ai pris soin de prendre un opérateur payant comme Typepad qui me permet d'éviter justement les intrusions publicitaires.
Après avoir tenté de me connecter au poisson rêveur par d'autres postes de travail j'ai en effet découvert que, de temps en temps, des fenêtres apparaissaient depuis la gauche de l'écran avec une publicité. La charte graphique m'a tout de suite permis d'en détecter l'origine. J'avais fait tout simplement l'erreur d'inscrire mon blog sur Weborama et ignorait que ce site se permettait en toute impunité d'insérer ensuite des publicités sur mon blog... Ceci doit sûrement figurer dans leurs conditions générales mais j'avoue ne pas avoir lu celles-ci.
Le problème est maintenant résolu car j'ai "désinscrit" le poisson rêveur de Weborama invoquant la raison principale... trop de pub.
A nouveau toutes mes excuses pour les lecteurs du poisson rêveur. Les intrus ne sont plus de mise en principe.
Je tiens à préciser à nouveau que je n'ai pas toujours réservé pour ma part aux concerts que je recommande dans la rubrique "Deux concerts par mois". Vous ne retrouverez donc pas systématiquement de chroniques sur ces concerts.
C'est visiblement sur Scriabine et surtout Albeniz qu'Arcadi Volodos a été éblouissant ce soir-là.
Sur les sept pièces de Scriabine interprétées en première partie, le pianiste déploie des couleurs saturées, accentue les contrastes, place chacune des compositions sous la marque d'une tension phénoménale, extirpant du Steinway des sonorités crues, dont la densité prend une forme effrayante. Dans la sonate N°7 opus 67 ("Messe blanche") il réussit l'exploite technique de superposer différents plan sonores, prolongeant certaines notes, pour obtenir un effet de "tuilage" dont la clarté et la transparence sont extrêmement rares au piano. Le Scriabine qui est révélé ici est bien sous l'emprise d'une réelle démence, d'un désespoir absolu.
L'autre moment fort du concert a été indéniablement l'interprétation de Cordoba (Chants d'Espagne opus 232 n°4) et la Vega (Suite Alhamba n°11) d'Isaac Albenitz. Sous les doigts d'Arcadi Volodos, les ressorts profonds de la musique d'Albenitz se révèlent avec une limpidité rare et tout le mystère de cette musique nous emporte. On est littéralement hypnotisé par, à nouveau, les couleurs multiples du piano, le déploiement d'un univers poétique aux accents hispaniques, un sens du déroulement narratif exceptionnel.
Il n'y a que sur les Valses nobles et sentimentales de Ravel que l'on sent le pianiste virtuose bien moins inspiré. Son jeu naturellement lumineux , très physique et spontané est moins approprié aux tonalités plus fondues, en demi-teinte que demande ce morceau fameux de Ravel.
Enfin, Arcadi Volodos termine par une démonstration de virtuosité sidérante sur un extrait des Années de Pèlerinage de Franz Listzt (Après une lecture de Dante). Dans la note du 14 juin 2007, j'avais souligné la maîtrise absolue du répertoire Lisztien par ce pianiste. Dans le cas précis, on avait affaire à une démonstration de la vélocité surnaturelle du pianiste. Seulement, cette démonstration était inévitablement au détriment de la narration. Ce Lizst là n'était qu'un prétexte à un tour de force pianistique, à une démonstration sportive et plutôt musclée.
Arcadi Volodos est vraiment un artiste atypique, dont le niveau de fusion avec l'instrument est hors du commun. Ses capacités techniques exceptionnelles lui permettent d'explorer des compositions d'une grande complexité pour tenter de nous révéler leurs ressorts les plus profonds afin de pénétrer une part de leur mystère. Il est en tout cas indéniable que, si l'on peut ne pas adhérer à son approche esthétique, son jeu puissant, incisif reste toujours d'une grande clarté et ceci ne peut que conduire au plus grand respect.
Le public du TCE lui a réservé une standing ovation. C'est normal, il "jouait vite et fort"...
Après "The road to paradise", Paul McCreesh et le Gabrieli Consort viennent d'enregistrer "A spotless rose", comprenant une série de chants polyphoniques dédiés aux méditations autour du mystère de la Vierge Marie (label Deutsche Grammophon).
Rien de très musical me direz-vous ? Bernard Hallerétait un humoriste d'origine suisse qui a fait une série de fameux sketches dans les années soixante dix et quatre-vingt. Parmi ceux-ci, le le cas du pianiste résigné qui interprète le l'adagio sostenuto de la sonate opus 27 N°2 pour piano de Beethoven "Au clair de lune " pour la 387ème fois. Le pianiste nous dévoile ses pensées les plus prosaïques et sa mauvaise humeur alors qu'il interprète mécaniquement la sonate.
Bernard Haller et mort la semaine dernière et je me permets avec cette vidéo de lui rendre un modeste mais sincère hommage (source Dailymotion).
De l'art de relativiser la concentration des interprètes !
Je viens de m'apercevoir qu'il m'a fallu attendre la 23ème note sur le thème "Morceau choisi" pour évoquer ce qui constitue pour moi un des chefs d'œuvres absolus, à savoir l'andante con moto du concerto en sol pour piano de Beethoven (le 4ème).
Ce mouvement d'une audace inouie a une portée métaphysique considérable. Je ne peux m'empêcher de faire référence à celui qui constitue selon moi le meilleur interprète de ce mouvement, à savoir Wilhelm Backhaus qui, à son propos citait Hans Richter. Ce dernier appelait le 4ème de Beethoven le "concerto grec". Dans le cas précis du mouvement lent, il mentionne l'image de la conversation d'Orphée avec
Hadès pour la libération d'Eurydice puis... l'ouverture des portes de
l'Enfer...
Concernant l'opposition très marquée entre la véhémence de l'orchestre et la sérénité implacable du piano qui préside dans la première partie du mouvement, on évoque volontiers la confrontation de l'homme, mortel mais à la rectitude souveraine, avec la colère des Dieux. On peut aussi, ce qui est un leitmotiv des concertos de Beethoven, se référer à une certaine vision panthéiste, avec le rapport de force entre l'homme et le déchaînement d'un nature divine aux forces surnaturelles.
Les deux moments forts de ce mouvement sont indéniablement quand le piano remporte cette confrontation délaissant l'orchestre (minutage 2' 28" de la version ci-dessous) avant d'engager les célèbres trilles et arpèges effrayants (2' 55"). Martha Argerich évoque dans ses conversations nocturnes (cf. note du 27 décembre 2008), que c'est l'écoute de ce passage précis de l'andante qui lui a procuré de tels frissons en concerts (elle devait avoir 8 ou 10 ans) qu'elle eut alors la révélation de ce que serait sa vocation de pianiste.
Une autre particularité de ce mouvement est un final qui n'est absolument pas conclusif mais conduit, au contraire, avec la reprise de l'orchestre, à une gamme dont les huit notes jouées par le piano conduisent à une interrogation angoissante.
Sinon, je recommande chaudement la magistrale version de Wilhelm Backhaus et Karl Böhm, rééditée récemment chez Unitel en DVD et dont j'avais parlé dans la note du 7 mars 2007.
En opposition à la déception traduite par ma note sur des pièces de JS Bach enregistrées par Hélène Grimaud (cf. note du 9 décembre 2008), le film enregistré par Bruno Monsaingeon sur David Fray, enregistrant trois concertos pour piano et orchestre de JS Bach avec le Deutsche Kammerphilharmonie Bremen permet de découvrir une version que je qualifierais volontiers d'intrigante.
La critique a parlé du mariage de la carpe et du lapin en mentionnant à quel point les deux visions de JS Bach s'opposaient car le disque d'Hélène Grimaud était pratiquement sorti au même moment que celui de David Fray (d'ailleurs, comme me l'a judicieusement mentionné Racha Arodaky, avec le même orchestre !). C'est assurément l'opposition de la glace et du feu. Ce feu, plutôt follet, incarné par le jeu vif et en apparence agité du jeune pianiste, comprend en effet une petite part de folie avec l'appel à un imaginaire débordant qui constitue le principal attrait de ce pianiste. David Fray semble visiblement marqué par Glenn Gould, avec la mystique vouée aux créations du Cantor en moins...
La sublime architecture des trois concertos exécutés (BWV 1055, 1056, 1057) supporte aisément le chemins de traverse, les audaces rythmiques ou harmoniques que peut imaginer le pianiste, œuvrant également à tête de l'orchestre. Ces voies possibles, David Fray ne craint pas d'en créer de toutes sortes, la plupart d'ailleurs n'étant pas absurdes du point de vue rhétorique, même si son imagination débordante peut tendre à nous faire perdre le fil. C'est ce que le reportage de Bruno Monsaingeon traduit de façon très habile, sans aucun commentaire "off", laissant David Fray nous expliquer ses options, sa lecture très personnelle de ces concertos, tant lors de la préparation de ces derniers chez lui, que lors de répétitions filmées.
Je suis d'ailleurs pour ma part tout à fait persuadé que l'on devrait bien plus filmer certaines répétitions car elles apportent un éclairage indéniable sur une interprétation.
Il est vraiment amusant, dans le cas présent, de voir comment le jeune pianiste français, en apparence un peu fanfaron, avec ses mimiques impossibles, se fait progressivement respecter par le sérieux et austère ensemble baroque germanique du Deutsche Kammerhilharmonie de Brême. L'association du jeune pianiste et de cet ensemble se fait par tension et opposition, pour aboutir à une version de trois des sept concertos de JS Bach particulièrement tonique. La singularité de cette interprétation repose indéniablement sur la vélocité et l'intensité émotionnelle du jeu de David Fray, sur ce cocktail apportant une énergie et une tension rythmique constante, tout en conservant un caractère charmeur et fantasque. Le tarbais David Fray est résolument un jeune homme du sud, qui tente de faire assimiler aux excellents baroqueux allemands qui l'accompagnent le caractère italien de ces concertos. Son but est alors d'accentuer les contrastes, caler chaque mouvement sur une rythmique tendue avec précision, recherchant plus une forme de lyrisme, d'ampleur dans l'accompagnement orchestral que de précision métronomique. C'est justement à mon avis tout ce qui oppose David Fray et Hélène Grimaud dans leurs enregistrements respectifs : il ne craint pas la recherche d'une forme de rubato, son piano est comme une voix, avec ses travers, ses humeurs, la traduction des émotions associées à la multiplicité des climats que restituent ces concertos, alors qu'avec sa compatriote française, pourtant capable d'audaces technique bien supérieures, JS Bach est débité d'une façon bien plus monotone et linéaire et, surtout, très cérébrale.
Je dois avouer toutefois que sur la durée, cette imagination et énergie débordantes ont un caractère plutôt épuisant. La fébrilité imprimée par David Fray s'avère un peu fatigante après l'écoute des trois concertos. En outre, les options marquées qu'il prend, tant au niveau de l'accentuation de certains contraste dans les phrasés, que du changement de tempo ou de rythme sont, à mon goût, quelquefois discutables. Je reste pour ma part attaché au caractère plus naturel, évident de l'approche esthétique de Murray Perahia sur son intégrale enregistrée en 2001 et 2002 (cf. note du 13 octobre 2006) même si elle peut apparaître comme trop facilement charmeuse ou "aguichante". A titre d'exemple, je trouve qie David Fray en fait de trop sur la "dégustation" note par note de l'ineffable beauté du Larghetto du 4ème concerto en la majeur. Il aboutit au minutage de presque 6'40'' alors que Murray Perahia termine ce mouvement avec près de deux minutes de moins. On peut se montrer contemplatif mais pas au point d'étirer à ce point le tempo !
Au passage, je remercie à nouveau Jean-Dominique Serra de m'avoir permis de faire cette découverte en me prêtant ce DVD.
Le site thevessions.com, actif depuis fin 2008, a pour vocation de fournir aux internautes mélomanes une alternative aux circuits d'accès traditionnels à la musique "live". Internet procure déjà un certain nombre d'options plus ou moins satisfaisantes : Medici Art avec la retransmission live puis le "streaming" de concerts, notamment ceux du Festival de Verbier, youtube ou dailymotion, avec un patchwork de morceaux copiés avec une qualité extrêmement variable, les sites communautaires (Qobuz, LastFM, Deezer...) ou dédiés (iTunes, Virginmega...) de chargement de musique en ligne proposant les concerts live des grands labels...
The V. Sessions dispose de ses propres moyens de production, filme les artistes sur différents plans fixes, laissant à l'internaute le choix de regarder le flux d'une caméra en plein écran ou de toutes les caméras en même temps. L'accès à la diffusion du concert est payant mais nettement moins coûteux qu'une place de concert (5 €). Le prix est plûtot comparable à une VOD (Video On Demand) que l'on peut charger via des opérateurs comme Canal+ ou à des "DVD à la séance" comme ceux proposés par des sites comme CDiscount.
La grande différence est bien entendu le contenu. Sur ce site on ne se connecte pas pour visionner "Hulk" ou "Fast and Furious" mais pour écouter / visionner des concerts d'interprètes répondant à des exigences de programmations assez pointues. Les choix déjà visibles sur le site ne sont pas cantonnés au classique et vous pourrez remarquer la qualité de la sélection effectuée.
L'un des créateurs du site m'a en outre confirmé que thevsessions.com avait de beaux projets de concerts dans les cartons. A l'écoute des noms évoqués, je confirme ce point.
Je recommande de suivre particulièrement ce site dont l'approche originale contribue à renforcer le rôle du Net dans la diffusion intelligente de la musique au plus grand nombre.
La célébration des deux cents ans de la mort de Joseph Haydn doit fournir l'occasion de découvrir quelques œuvres dignes d'intérêt et pourtant très peu enregistrées, voire gravées au disque pour la première fois.
C'est le cas de ces étonnantes Cantates de fête écrites à l'attention du prince Nicolas Esterházy, enregistrées par l'ensemble VokalEnsemble Köln, sous la direction d'Andreas Spering pour le label WDR 3, distribué par Harmonia Mundi.
L'une de ces cantates, Destatevi, o miei fidi est d'ailleurs, semble-t-il, inédite au disque. Tout comme la deuxième du disque (Al Tuo arrivo felice), cette composition, qui prend la dénomination de "coro" dans le catalogue des inventions tenu par Joseph Haydn, est de nature profane et a pour principale vocation de louer les innombrables vertus du Prince et, de façon plus intéressante, fournir l'occasion à des solistes de redoubler de virtuosité. Ces œuvres, chantées en italien, sont d'une vivacité impressionnante et annoncent de façon singulière les arias des plus beaux opéras écrits par Mozart et da Ponte.
A l'écoute de ces deux cantates, comme de la troisième, même si elle est moins "typée" (Quai dubbio ormai), on comprend encore mieux la filiation entre Joseph Haydn et WA Mozart.
Le VokalEnsemble Köln, accompagné du Cappella Coloniensis de la WDR, démontre une belle agilité, beaucoup de nervosité et une justesse indéniable. On est pris par le tourbillon vocal de ces cantates surprenantes et enjouées.
Le disque comprend également une interprétation de la Symphonie N°12 en mi majeur.
Je désire vous faire partager la superbe découverte que je viens de faire à l'écoute du dernier disque de l'ensemble the Tallis Scholars et dédié à Josquin Desprez. Il s'agit indéniablement de la Missa Fortuna Desperata et, plus particulièrement son Agnus Dei qui m'a provoqué un de ces rares choc émotionnels et qui constitue la quête de tout mélomane.
Cette messe est couplée avec la fameuse Missa Malheur me bat. Je propose de revenir brièvement à cette occasion à la note que j'avais faite le 26 novembre 2006 et qui louait les qualités indéniables du Clerk's Group sur cette même messe. Ce dernier apportait une élévation, une dimension presque poétique, avec un superbe fondu des voix (tout en respectant les impératifs de clarté de restitution de la complexité de l'écriture de Josquin Desprez), ainsi que des timbres presque irréels sur les aigus. Ils s'opposaient alors judicieusement à l'austérité, la froideur
et la rigueur implacable de leurs ainés du Tallis Scholars. Cette "opposition" est très nette sur ce dernier enregistrement.
La version des Tallis Scolars est en effet d'une netteté irréprochable mais de se permet aucune déviation dans le rendu des harmonies, avec un étalonnages des voix certes parfait mais justement sans surprise. Il est vrai que la Missa Malheur me bat constitue également l'un des archétypes les plus représentatifs de la facture propre à l'écriture du maître franco-flamand. Ecriture extrêmement savante, qui a influencé nombre de compositeurs de musique ployphonique et qui tent à plus s'ériger comme système. Systémique, c'est justement le qualificatif que l'on pourrait reprendre pour qualifier les Tallis Scholars par rapport au Clerk's Group ou, par exemple, à l'attachant Ensemble The Cardinal's Musick qui, quant à lui, excelle sur le répertoire aérien et céleste de Wiliam Byrd (cf. note du 12 avril 2007).
Pour revenir à mon "choc" salutaire, ce disque est alors surtout à recommander pour la Missa Fortuna Desperata, que je ne connaissais pas et qui constitue l'un des sommets de l'écriture polyphonique parmi toutes les compositions que j'ai pu écouter. Tout d'abord, Josquin Desprez prend le parti d'une grande plénitude sonore, remplissant l'espace d'une série de mise en accords des différentes voix sur des notes qui se prolongent bien plus qu'à l'habitude. La méthode semble simple mais elle apporte, au milieu des enchevêtrements complexes des voix par imitation, des moments "minimalistes" qui provoquent d'autant plus leurs effets que le contraste est marquant et surtout prolongé. Les différentes parties de cette messe s'avèrent alors captivantes, presque hypnotiques. L'Agnus Dei constitue le point d'orgue avec un niveau d'élévation spirituelle et de quasi abstraction, digne de compositions mystiques contemporaines.
La tenue parfaite des Tallis Scolars est alors tout à fait adaptée. L'expressivité n'a pas lieu d'être ici car l'audace de cette écriture demande plus un calage parfait des différents registres et toute déviation risque de dénaturer profondément le propos métaphysique de cette composition.
Un coup de coeur de plus que je recommande fortement.
En réalité, de cette oeuvre (Amor aumenta el valor), n'a pu être exhumé que le premier acte, entièrement écrit par José de Nebra.
En introduction du concert, l'ensemble Los Músicos de Su Alteza inteprète l'ouverture de l'opéra Narciso de Domenico Scarlatti. Ce choix est particulièrement judicieux puisque la filiation entre le maître de l'opéra italien du XVIIIème siècle et le compositeur espagnol est tout à fait évidente. Les récitatifs et arias qui suivent, extraits de l'opéra Amor aumenta el valor, rappellent tout autant Scarlatti que Haendel dans sa période la plus italienne. Joutes de virtuosité entre la partie vocale et instrumentale, sensualité et luminosité des sonorités, vivacité et légèreté... Tous les ingrédients de la musique d'opéra italienne sont bien repris. José de Nebra, apporte toutefois la touche ibérique avec une basse continue qui s'agrémente d'une guitare, colorant de façon alors très spécifique la structure rythmique de l'œuvre.
L'ensemble Los Músicos de Su Alteza déploie des sonorités d'une finesse remarquable, avec un très beau sens des nuances (malheureusement estompées par l'acoustique très réverbérante de la Cathédrale des Invalides). La direction musicale précise et alerte de Luis Antonio Gonzáles révèle la grâce et l'élégance de cette composition. On aurait pu s'attendre à des sonorités plus sombres, à une certaine dureté, parfois caractéristiques distinctives de la musique espagnole. Ici ce n'est pas du tout le cas. A son âge d'or, cette écriture est au contraire enjouée, colorée, portée comme par une forme d'insouciance. C'est particulièrement notable, notamment, sur la Sinfonia. Les deux solistes (Marta Almajano, soprano et José Pizarro, ténor) se sont très correctement déjoués des pièges de l'acoustique, ont fait preuve d'un bon sens de l'articulation et s'intégraient très bien avec l'ensemble instrumental, même si les efforts déployés pour assurer la portée de leurs voix dans cette nef imposante, s'effectuaient parfois au détriment de la tenue de ces dernières.
Los Músicos de Su Alteza est un ensemble très attachant qui se distingue vraiment par la clarté, la limpidité de son jeu, avec une belle dynamique, un certain mordant, mais sans aucune agressivité. Les timbres sont soyeux et les phrasés d'une indéniable élégance.
Leur démarche musicologique est en outre, tout comme Gabriel Garrido, particulièrement originale et intéressante, nous permettant de découvrir une partie largement méconnue du répertoire baroque espagnol est qui recèle quelques joyaux.
J'espère initier par cette note, une nouvelle rubrique "Rencontre avec les artistes", qui regroupera des posts rédigés après avoir rencontré / interviewé des musiciens.
Elle démarre de la façon la plus belle qui soit après un entretien avec une artiste qui m'a procuré un de mes plus beaux coups de cœur depuis la naissance du poisson rêveur, il y a maintenant près de trois ans.
L'occasion de notre rencontre est le projet, ambitieux et à soutenir à tout prix, d'éditer son prochain disque sous son propre label. Elle travaille pour cela une série de pièces pour clavier de Haendel, qui permettront de magnifier encore plus son toucher aérien et ses sonorités solaires.
Nous avons échangé sur mille et uns sujet liés à la musique et avons bien entendu parlé de son projet. Je vous propose de mieux connaître ce dernier, et, je l'espère, de vous convaincre des qualités musicales et humaines de Racha Arodaky.
Remarquée par la critique avec un enregistrement de pièces de Mendelsohn chez BNL, deux disques Scriabine et Scarlatti chez Zig Zag Territoires et qui ont connu un beau succès, vous décidez cette fois d'enregistrer votre prochain disque sous votre propre label. Pouvez-vous nous en donner les raisons ?
Racha Arodaky : J'ai eu en effet la chance d'enregistrer trois disques sous deux labels différents. Je souhaite enregistrer mon prochain disque tout simplement pour avoir la liberté de choisir tout de A à Z sans aucun compromis (le piano, le lieu d'enregistrement, l'ingénieur du son, la pochette du disque, le livret et le mode de distribution). Je viens de créer un label et recherche maintenant les fonds pour financier mon projet. Je tiens profondément à préserver ma liberté d'artiste et considère que le résultat de cette approche doit me permettre d'exprimer au mieux ma lecture des œuvres et ma propre sensibilité.
Qu'est-ce qui a présidé au choix d'un programme Haendel pour ce prochain disque ?
R.A. : Haendel livre au clavier des sonorités d'une plénitude rare. On retrouve dans ses compositions une expressivité évidente, des harmonies dont la richesse est quasiment de nature orchestrale. Il s'est approprié l'écriture du contrepoint tout en intégrant parfois les climats et les parfums des plus beaux airs de ses opéras seria, comme une ligne claire et sensible. Je recherche également à traduire la lumière, les couleurs italianisantes, voire orientales, induites par son écriture. Cette richesse, toute en contrastes subtils, constitue un matériau particulièrement stimulant pour l'interprète.
Quelle rupture justement s'opère selon vous par rapport à Domenico Scarlatti ou Jean-Sébastien Bach, que vous avez également beaucoup travaillé ?
R.A. :Il me semble qu’il n’existe pas de rupture réelle. Les particularismes respectifs sont reliés par des influences communes (l’Italie par exemple) intégrées aux cultures de chaque pays où ils exercent leur art, à la sensibilité du compositeur, à la sensualité du jeu. Si rupture il y a, c’est plutôt chez le public voire les critiques entre un Haendel sous-estimé dans ses œuvres pour clavier et un Bach ou un Scarlatti qui y sont reconnus.
Comment abordez-vous ce nouvel enregistrement ? Présentez-vous en concert certaines des pièces qui seront enregistrées ?
R.A. :Avec sérénité car cette musique vous réconcilie avec vous-même. Elle parvient à rassembler vos énergies et vous pousse à chercher, à révéler votre humanité profonde. Depuis deux ans je joue certaines suites en concert et j’en réserve de nouvelles pour la sortie du disque.
Quand espérez-vous éditer ce nouveau disque ?
R.A. : Normalement si tout va bien le CD sera commercialisé en novembre prochain.
Sinon, vous pouvez directement adresser un chèque à l'ordre de l'Association "Epure" à l'adresse que Racha Arodaky mentionne sur sa page Facebook.
Pour découvrir les talents de cette artiste, dont les sonorités chatoyantes et sensuelles vous séduiront, je vous suggère le lien direct vers le site RSB Artists, récapitulant sa discographie ou vers le site Piano Bleu.
Enfin, Racha Arodaky se produit en concert sur ces pièces de Haendel, Jeudi 9 avril à 20h à l'Auditorium Christian Jousse du Conservatoire de Musique et de Danse de Colombes (92700), 25 rue de la Reine Henriette. Le montant des places (20€) sera entièrement reversé au projet de production du disque.
Je laisserai une vignette invitant les visiteurs du blog à souscrire à ce projet, sur la colonne de droite du blog.
Si le site est encore largement perfectible (uniquement des posts de
vidéos), il peut s'annoncer prometteur compte tenu de la notoriété de
cette légendaire formation orchestrale ainsi que de son charismatique chef
attitré (Sir Simon Rattle).
Il s'agit d'un grand standard du Jazz. Je pense qu'il n'y a peut-être aucun grand interprète de Jazz qui n'ait repris le désormais légendaire thème tiré de la chanson "Les feuilles mortes" écrite par Joseph Kosma avec des paroles de Jacques Prévert.
Je vous propose de comparer deux version à la fois très affiliées
(l'influence du premier pianiste sur le second est certaine et
revendiquée) et pourtant assez différentes.
La première, de Bill Evans, d'un tempo rapide, enlevé joue sur le swing et, surtout, dès l'ouverture, sur l'empreinte rythmique du fabuleux Eddie Gomez (certes moins fulgurant que le regretté Scott LaFaro). Même avec un tempo rapide, on reconnaît la subtilité du toucher de Bill Evans.
La seconde, de Keith Jarrett, très fouillée, joue sur la richesse harmonique avec le soutien rythmique plus marqué de la main gauche et une main droite qui déploie l'improvisation d'une façon incroyablement narrative. Par rapport à Bill Evans, le toucher est plus charnu, moins aérien. Keith Jarrett atteint une forme d'ivresse communicative. Il est accompagné par ses fidèles compagnons de route, Jack DeJohnette à la batterie et Gary Peacock à la contrebasse.
Après l'enregistrement de messes brèves de JS Bach, d'une plénitude rare (cf. note du 18 octobre 2008), l'Ensemble Pygmalion, sous la direction de Raphaël Pichon, a abordé avec brio un répertoire délicat lors de son dernier concert du 17 mars à l'Eglise des Blancs-Manteaux. Le programme comprenait, sous le thème "Ode Funèbre", une série de compositions sacrées de maîtres de l'école luthérienne allemande du XVIIème siècle.
En introduction du concert, l'ensemble vocal du groupe interprète une courte pièce a cappella pour cinq voix de Heinrich Schütz, tirée des "Geitlische Chormusik" (Selig sind die toten). Rien de funèbre dans cette pièce. Simplement la sensation d'un recueillement extrême, restituée avec sobriété. La richesse harmonique de cette pièce ressort alors avec une belle ampleur. On retrouve d'emblée ce qui fait déjà le style de Raphaël Pichon, dont la maturité musicale est vraiment exemplaire, à savoir la recherche d'une certaine densité des timbres, d'une belle plénitude sonore.
Vient ensuite une cantate pour basse de Dietrich Buxtehude (BUXWV 34 - Gott, hilf mir) où ce style très caractéristique du maître de Lübeck est bien restitué : raffinement de la ligne mélodique, ferveur allant crescendo mais restant maîtrisée. On retrouve bien comment les compositeurs de l'Allemagne luthérienne se sont appropriés la richesse harmonique et le style concertant italiens pour les recentrer sur l'homme, avec une lecture plus intimiste et où on oppose volontiers un certain sens des dégradés, du fondu aux contrastes et aux couleurs saturées de la musique italienne.
Le plus beau moment du concert est alors l'interprétation d'une magnifique cantate-madrigal de Nikolaus Bruhns, élève de Buxtehude. Raphaël Pichon apporte le mordant souhaité dans les attaques, les couleurs italianisantes volontairement restituées par Bruhns (d'où le titre de cantate-madrigal pour cette oeuvre). Cette cantate est lumineuse, d'une belle ampleur. L'aria pour alto ressemble à s'y méprendre à un passage du VIIIème Livre de Madrigaux de Monteverdi !
Le concert se prolonge par une pièce de Christoph Bernhard, pour dix voix et basse continue, suivie de deux superbes complaintes de Dietrich Buxtehude, dont un lamento interprété avec ferveur et conviction par Juliette Perret. J'ai particulièrement été marqué par le superbe contrapuntus "Mit Fried und Freud ich fahr dahin" dont le caractère épuré rappelle les plus belles œuvres polyphoniques de la Renaissance. Le programme se termine avec l'équivalent d'un concert spirituel schützien, revisité par Buxtehude, pour cinq voix, deux violes et basse continue où l'ensemble Pygmalion poursuite sa lecture subtile restituant toute la plasticité des compositions de celui qui aura certainement le plus influencé JS Bach.
Superbe concert révélant, sur un programme exigeant et qui aurait pu pêcher par excès d'austérité, la maturité musicale exceptionnelle de cet ensemble avec une lecture cohérente, homogène, conservant de bout en bout la bonne tension de la ligne sur la basse continue, exploitant les bons ressorts rythmiques afin de révéler toute l'intensité et la subtilité de ces œuvres. Raphaël Pichon apporte dans son jeu de belles couleurs, de la dynamique, tout en conservant une réelle élégance.
Cet ensemble est à suivre avec attention car il nous réserve certainement d'autres excellentes surprises.
Le site Europeana, encore en bêta test, archive près de 2 millions d'items numériques, qu'il s'agisse de photos, de textes, manuscrits, pistes audios, vidéos. La vocation de ce site semble être de tenter de référencer des éléments représentatifs du patrimoine culturel européen.
Ce projet, lancé en novembre 2008, a été initié par la Commission Européenne.
Si vous saisissez par exemple les noms de grands compositeurs, vous pouvez par exemple visionner les scans de pages manuscrites, qu'il s'agisse de partitions ou de correspondances. La liste des partenaires et contributeurs est impressionnante et le projet semble assez séduisant. Elle comprend notamment de grans musées européens.
Vous pouvez constituer votre propre espace "My Europeana" pour archiver, classer les items correspondant par exemple à un thème de recherche.
Après un assaut par les internautes rendant le suite inaccessible, il est possible désormais de l'utiliser sereinement.
L'équipe de la Fondation Orange m'a proposé de contribuer à faire connaître les jeunes artistes qu'elle soutient. Elle a eu la gentillesse de référencer mon blog sur celui de la Fondation Orange, avec comme introduction, une note comprenant une interview à laquelle j'ai répondu avec plaisir en tentant d'être le plus précis et sincère possible.
Je serai amené à poster des chroniques sur des concerts ou des disques soutenus par la Fondation sur le blog du Poisson Rêveur et qui seront relayées par le blog de la Fondation Orange. J'espère avoir également l'occasion d'interviewer des artistes soutenus par la Fondation et vous faire partager ces rencontres.
Comme promis dans la note du 14 mars, ce post regroupe trois billets rédigés sur des pièces spécifiques de Henry Purcell, dont une de votre serviteur. Je vous souhaite une bonne lecture et remercie à nouveau Ariana et Jean-Christophe pour leur précieuse contribution.
Purcell or Let me Freeze Again... D’un Génie du Froid à Didon
Pourquoi ces pièces ? Parce qu’elles cristallisent ce en quoi le compositeur excelle. A savoir à une époque où, certes, l’harmonie semble contre toute attente de l’héritage musical en vogue l’emporter sur le contrepoint, Henry Purcell se démarque encore dans ses compositions par une audace et un sens de l’inventivité hors pairs. Il est au-delà des genres que, pourtant, il contribue à générer de fait. Ce pourquoi dire Purcell est aussi déjà dire en quelque sorte Britten, ce qui n’est pas là pur hasard.
La voix et l’âme.
Qui n’a jamais été saisi, frappé, happé, suspendu par l’air intelligemment et talentueusement spasmodique du Génie du Froid ou la douloureuse Renaissance dans son mouvement d’agonie de la Lamentation de Didon?
Chez Purcell, il s’agit de se laisser porter et aller jusqu’à toucher l’être d’un personnage mû par l’âme qui le caractérise. De manière absolument et résolument moderne, contemporaine même peut-être, nous avons là un traitement des personnages bien en précession sur toute une tradition lyrique à venir en ce sens, que déjà, l’alliance superbe du texte et de la musique préside à la première impulsion de composition.
Le Masque : Un Génie du Froid qui nous transit depuis une base tonale qui dissimule son flou sous une apparente limpidité afin de mieux déstabiliser l’oreille de l’auditeur. Base tonale aux (dés)accords puissamment tangents, sciemment grinçants, risoluto ostinato, préparant la survenue de l’expression intimidante de grelots de ce Gel Divin. Troublantes, douloureuses craquelures exprimées, exposées non pas tant de glace, que de piquant, expression absolue elle-même, aux portes symboliques de l’expressionnisme le plus inattendu en cette occurrence.
Ecoutez sa voix de basse, relief elle-même de cet ostinato récurrent, obsessionnel, fondement s’il en est du trouble purcellien par définition, se détacher pour mieux se renouer en le dessin sinueux d’une courbe incroyablement intuitivement sensée et sentie par le compositeur et vous serez pénétrés de ce qui fait, ce qu’est ce Froid malin sans perniciosité aucune cependant, autant qu’il se dévoile pétrifié de lui-même dans ses hachés soigneusement élaborés..
L’Âme : Des œuvres diverses quoique non si variées d’inspiration et de formes préférées, une se détache par son statut singulier, l’opéra Didon et Enée.
Voici l’exemple même de « l’opera assoluta » dans le sens où s’il est le seul opéra à proprement parler sur l’ensemble de la production d’Henry Purcell, il l’est de bout en bout et ce non seulement au vu des canons de l’époque, mais surtout bien au-delà. Dido and Aenas, c’est la première rencontre de manière que l’on pourrait dire plus ou moins directe d’une perspective strictement musicologique, du texte et de la musique ou encore de la musique et du texte. Une œuvre d’une incroyable richesse et d’une terrible efficacité alors même que nous sommes loin des romantiques et fondements post-wagnériens en la matière.
Le point d’acmé de l’œuvre est sans doute permis la célèbre, à très juste titre, Mort de Didon. Il s’agit d’une lamentation stricto sensu, c’est-à-dire avec ses échelles descendantes de demi-tons certes, mais aussi d’un Chant Pur de Mort d’un être qui se réconcilie alors avec son âme. Ce tour de force plus qu’inédit à cette époque (1689), inattendu, tient de la formidable intuition servie par une grande habileté de technique compositionnelle, de Purcell d’établir l’assise de l’air déclamatoire sur la non-rencontre apparente, ou alors circonstancielle, d’un ostinato aux basses et de la mélodie chantée à la voix comme « au-dessus » de sa base !
La révolution, car il faut ici oser le terme, vient de ce formidable et savant décalage d’intentionalités. Didon chante la mort de son corps voué à un destin inane, affirmant par là sa renaissance en son être pétri de (plus ?) hautes aspirations. Le jeu de l’ostinato à la voix et réciproquement ne donne rien de moins que la mouvance d’un jeu transcendantal du sujet qui l’énonce. Enfin, parce qu’il faut bien finir par dire l’essentiel, ce chant là, moins pectaculaire et pourtant si tragique, est d’une profonde, grande tout autant qu’intime, Beauté.
On a peine à croire qu’il s’agit ici de l’œuvre d’un compositeur de vingt ans. Pourtant, c’est à peu près cet âge que doit avoir Henry Purcell lorsqu’il note, à la fin du printemps et durant l’été 1680, ses Fantaisies pour les violes, préservées dans un manuscrit autographe conservé aujourd’hui au British Museum de Londres, source unique heureusement parvenue jusqu’à nous.
Si l’on se replace dans le contexte historique de leur composition, ces œuvres constituent, au sens propre du terme, une aberration. Depuis la Restauration monarchique de 1660, le paysage musical anglais connaît, en effet, des bouleversements profonds. La musique pour consort de violes, qui, durant un siècle, a connu une incroyable floraison en Angleterre et a été illustrée par les musiciens les plus célèbres, Byrd, Gibbons ou Lawes pour n’en citer que trois, s’efface assez rapidement du devant de la scène pour céder la place à ces « produits d’importation » en provenance d’Italie et de France que sont le violon et la Suite de danses. Charles II, en effet, « avait une détestation profonde pour les Fantaisies et préférait la musique sur laquelle il pouvait battre la mesure », si l’on en croit l’écrivain Roger North, et, choix du roi oblige, les suites-fantaisies du Broken Consort de Matthew Locke (c.1621-1677), composées vers 1661, seront donc le dernier recueil d’un genre où les compositeurs s’autorisaient des expérimentations sonores parfois osées, notamment dans l’usage des dissonances, même si, chez Locke, ce caractère aventureux est déjà largement tempéré par la primauté accordée au charme mélodique sur l’élaboration contrapuntique.
Avec les Fantaisies de Purcell, on bascule dans un univers radicalement différent, pour ne pas dire opposé. Tout d’abord, sur les quinze compositions que nous transmet le manuscrit, seules cinq sont dans le mode majeur, les autres se partageant entre en sol (4), ré (3), la (1), mi (1) et ut (1) mineurs, ce qui, si l’on considère ces pièces comme un tout, incline l’ensemble vers des teintes sombres, très loin de l’univers plutôt lumineux de Locke.
Ensuite, le contrepoint y est omniprésent, et il est élaboré et utilisé avec une aisance absolument confondante qui n’est pas sans évoquer parfois, comme l’ont relevé maints commentateurs, L’Art de la Fugue de Johann Sebastian Bach, écrit, rappelons-le, par un homme qui approchait de la soixantaine. Faut-il, pour autant, tenir ces Fantaisies pour de simples exercices de style ? Absolument pas, car la maîtrise de la technique y est toute entière au service d’une émotion prégnante, qui voit alterner épisodes fiévreux (Fantaisie n°4), inspiration populaire (Fantaisie n°5), mélancolie déchirante (Fantaisie n°7) et instants de douceur (Fantaisie sur une note). Soulignons enfin que l’usage que fait Purcell des dissonances, des retards, des syncopes, de l’instabilité tonale (seize tonalités différentes, par exemple, en une vingtaine de mesures seulement dans la Fantaisie n°12 !) donne un caractère souvent âpre, mais également insaisissable et diapré, à ces œuvres dont bien des audaces d’écriture feraient pâlir d’envie les plus contemporains de nos compositeurs.
Le 24 février 1683, deux ans et demi après avoir terminé la Fantaisie n°12, Purcell reprend son manuscrit et commence à noter une Fantaisie en la mineur. Il pose la plume au bout de 31 mesures ; il ne reviendra plus à ce cahier, laissant l’œuvre inachevée. A-t-il eu subitement conscience d’avoir exploité toutes les possibilités techniques et expressives offertes par la musique pour consort ? D’autres projets ont-ils alors requis son attention, le contraignant à abandonner ce travail ? Il est impossible de répondre à ces questions, mais ce qui demeure certain, c’est que l’Orpheus Britannicus ne se faisait aucune illusion sur l’accueil que recevraient ses Fantaisies, achèvement miraculeux d’un genre qui sonne également comme un congé définitif adressé au vieux et brillant monde de la Renaissance : demeurées manuscrites, elles ne furent, en effet, éditées qu’en 1927.
Henry Purcell (c.1659 ?-1695), Fantaisies pour les violes, 1680.
Henry Purcell m'a d'emblée touché par l'élégance et le raffinement de ses compositions. Je suis entré dans son univers via un parcours on ne peut plus classique : Didon et Enée (avec une version magnifique des Arts Florissants sous la Direction de William Christie sortie en 1986, avec Guillemette Laurens et Jill Feldman), puis The Indian Queen (version de John-Eliot Gardiner), La Musique pour les Funérailles de la Reine Mary , Le Roi Arthur, Music for a While et autres chansons interprétées par Alfred Deller, les odes de toutes sortes dont le chef d’œuvre « Hail ! Bright Cecilia » ou le splendide Tedeum & Jubilate.
Le choc a tout de même été pour son semi-opéra la Reine des Fées (the Fairy Queen), que j'ai dégusté lors de deux belles nuits d’août 1998. Sous la direction de John Eliot Gardiner, the English Baroque Soilists et le sublime Monteverdi Choir m'ont fourni cette occasion inoubliable de pénétrer l'univers poétique de Purcell. Cette adaptation du Songe d'une Nuit d'Eté de William Shakespeare déploie sur près de deux heures un univers dont la féérie envoutante vous enveloppe et vous renvoie à la sensation troublante de visiter un Paradis perdu. Cet opéra décline avec une subtilité extrême les diverses émotions les plus profondes et renvoie aux interrogations les plus universelles.
Le moment où la magie opère certainement le plus est incontestablement l’arrivée successive des quatre figures allégoriques dès le premier acte : la Nuit, le Mystère, le Secret et le Sommeil. L’introduction en fugue des violons sur l’air de la Nuit me provoque littéralement des frissons, instaurant en tension qui renvoie aux angoissantes interrogations face à l’obscurité de la nuit profonde. La voix de soprano incarnant la Nuit déploie alors son lamento, vibrant et désespéré. Le Mystère arrive ensuite, apportant paradoxalement la lumière, sur un air très bref (guère plus d’une minute), incarné quant à lui par une voix de soprano que John Eliot Gardiner a choisi plus claire et lumineuse. Le Secret apparaît aussitôt, sous la voix d’un contre-ténor, avec un chant dont les mélismes sont soutenus par un duo de flûte. Cette aria, cadencée par un rythme assez marqué à deux temps, prend l’allure d’une danse élégante et badine. Le Sommeil vient ponctuer l’apparition des figures allégoriques, avec une voix de basse feutrée et qui semble chuchoter son texte pour laisser la place au chœur dont le recueillement et la retenue sont extrêmes afin d’exprimer avec une ampleur saisissante cet assoupissement divin. Une danse des suivants de la Nuit réexpose le motif principal de l’air du Sommeil pour accompagner le jeu scénique certainement prévu et visant à représenter la disparition progressive des quatre figures allégoriques.
Enfin, la fameuse complainte de Titania « O let me weep », au début du cinquième acte n’a pas été sans me rappeler l’aria célèbre de la mort de Didon. Ces deux arias où Purcell reprend de façon revisitée le style du lamento italien qu’il maîtrisait parfaitement, résument aussi à merveille le génie de Purcell, à savoir cette capacité à représenter, avec une délicatesse extrême les différents sentiments, les humeurs variables du caractère humain.
Claude Hermann dans sa biographie récente sur Henry Purcell (éditions Actes Sud) résume à merveille à la fin de son deuxième chapitre (page 47) la plasticité unique de la musique du compositeur anglais : « … pardessus tout, celui que l’on a surnommé l’Orphée britannique sut insuffler à la musique une force vitale et une vérité affective inaltérables. Si l’on sait exprimer avec tant de justesse et aussi peu de complaisance le désarroi devant les grandes interrogations humaines, il doit être facile ensuite de restituer avec la même vérité l’allégresse la plus folle, l’insouciance la plus légère, les beautés de la nature, les mystères du sommeil, les délices et les affres de l’amour, la sensualité, les crudité de la vie, la gloire de Dieu ou l’amour de la patrie. Toutes choses que Purcell excella plus que tout autre compositeur baroque à représenter. ».
Pour tout extrait issu de cet enregistrement, je vous propose l’un des airs les plus représentatifs de cette élégance "purcellienne", le duo «If Love’s a Sweet Passion » accompagné du chœur (interprété par Jennifer Smith, soprano et Stephen Varcoe, basse).
Matteis Nicola - False consonances of Melancholy: Ensemble Gli Incognito - direction Amandine Beyer (violoniste) - label Zig Zag Territoires La musique de Nicola Mattei est attachante, sensuelle, avec, pour reprendre les termes mêmes d'Amandine Beyer, quelque chose "d'impalpable" qui fascine. Amandine Beyer traduit avec une finesse certaine, et beaucoup de musicalité, les différentes formes des nombreuses pièces interprétées. Amandine Beyer est tombée sous le charme de ce compositeur et c'est plus que palpable sur chacune des pistes de ce disque. Son enthousiasme et son plaisir indéniables à interpréter ces pièces sont plus que communicatifs.
Bach JS - Sonates et prtitas pour violon seul: Viktoria Mullova, violon, label Onyx Viktoria Mullova cisèle sans exagération les motifs avec une délicatesse merveilleuse tout en ne déviant jamais de la ligne directrice. Elle inscrit ces pièces sous le signe de la danse (elle nous rappelle ainsi, en passant, la dénomination des mouvements des sonates et partitas...), en maintenant une certaine vigueur rythmique mais sans aucun excès, sans agressivité. Les ornementations et trilles sont d'une clarté impressionnante. On a souvent reproché à Viktoria Mullova une certaine froideur. Ce n'est absolument pas le cas ici tant son engagement est réel.
Haendel GF - Six Suites Pour Clavier: Racha Arodaky, piano - label Air Note Racha Arodaky fait partie de ces rares pianistes qui apportent un soin particulier à la cohérence narrative de leurs enregistrements. Son intention est que ses interprétations dépassent la prouesse technique pour tenter de démontrer que la musique baroque, avant le monde classique et romantique, s'attachait elle aussi à révéler les tourments de l'âme humaine. Comme pour son Scarlatti, elle démontre de façon admirable comment le contrepoint de Haendel, aussi conforme soit-il à la rhétorique, peut comprendre une petite part de folie. Cet entrelacement complexe des voix fait que la frontière avec l'improvisation devient particulièrement floue.
Rossi Michelangelo - La Poesia Cromatica: Ensemble Huelgas - direction Paul Van Nevel - label Deutsche Harmonia Mundi A ce titre, ces madrigaux, tous splendides, prennent un caractère intemporel, révèlent une magnificence qui retient systématiquement l'attention. Certaines associations audacieuses d'accords, la volonté de ne pas se laisser emprisonner par une seule tonalité lors du déroulement d'un madrigal, des changements parfois brusques de rythme, l'art savant de l'articulation des motifs musicaux par rapport au texte, tout cela fait partie de l'univers maniériste de Michelangelo Rossi.
Bach JS : Partitas N° 1, 5 & 6: Murray Perahia, piano Murray Perahia révèle ces partitas sous un autre jour, sous le signe d'une sérénité et d'une hauteur de vue impressionnantes. Son toucher charnu, la plénitude sonore de son Steinway se trouvent entièrement dévoués au déploiement majestueux de la polyphonie de ces partitas, sans aucun travers, aucune faute de goût, et qui pourraient constituer les pièges typiques des interprétations sur piano moderne. A la dureté d'un travail qui serait par trop rhétorique et contraint par une approche "claveciniste", Murray Perahia oppose la respiration, l'ampleur et le rendu de nuances que permet le piano.
Bach - Pièces pour Luth: Paul O'Dette - Label Harmonia Mundi Les phrasés sont d'un naturel étonnant, le son d'une belle plénitude et la rythmique propre à la musique de Bach parfaitement maîtrisée. Paul O'Dette restitue avec son luth une polyphonie assez colorée et riche et nous permet d'apprécier avec une exactitude impressionnante la richesse harmonique de ces oeuvres. Ne vous attendez pas à un luth méditatif et précieux mais au contraire à un jeu résolu, volontaire mais dont la précision technique nous permet de saisir toutes les subtilités des motifs déployés par la musique du maître de Leipzig.
Bach JS - Concertos Pour Clavecin Bwv1052, 1055, 1056 & 1058: Ensemble Stradivaria - Direction Daniel Cuiller - Clavecin, Betrand Cuilller On peut enfin écouter un clavecin qui n'est pas écrasé par la masse orchestrale, et, surtout, on a affaire ici à des musiciens qui montrent un degré de cohérence et une unité assez rare pour être soulignée. Le jeu de Bertrand Cuiller, alerte et léger, fait pétiller son clavecin. Il nous délivre des sonorités fines comme de la dentelle, tout en conservant un certain mordant, une vivacité toute contrôlée. En effet, il ne faut pas se méprendre pour autant. Cette version imprime d'emblée, sur chaque concerto, une certaine tension de la ligne qui ne se relâche jamais.
Bach JS - Le Clavier bien tempéré - Livre I: Rosalyn Tureck Tureck nous dévoile ces pièces avec une intelligence, une précision rythmique et une expressivité inouïes. Elle exerce une forme de magnétisme, révélant toute la puissance de l'écriture harmonique de chacun des préludes et des fugues associées. Le Livre II est également édité par BBC Legends.
Bach JS - Sonates pour violon et clavecin: Viktoria Mullova - Ottavio Dantone Sur ces pièces superbes, la connivence des interprètes est évidente. C'est une sorte d'insouciance ou de nonchalance, presque jouissive qu'il nous est permis d'écouter. Viktoria Mullova a considérablement mûri son jeu et sa technique époustouflante vient complètement servir là encore un naturel saisissant
Bach JS - Suites pour violoncelle: Anner Bylsma Rien que pour le son unique du Stradivarius "Servais" emprunté par Bylsma, cet enregistrement est exemplaire. Ce violoncelle a une âme tendre et un timbre qui touche profondément.
Beethoven - Symphonie n°6 (live 1983): Carlos Kleiber - Bayerisches Staatsorchester Il fallait être dans la salle ce soir de 1983... Carlos Kleiber embarque son orchestre dans une véritable tempête, un souffle quasi-diabolique et un tempo incroyablement rapide. Tout ceci n'est pas bâclé pour autant... Au contraire, il extirpe de cette "Pastorale" tous les ressorts propres à la virilité, la force beethovénienne
Brahms - 3ème Quatuor - Quintette pour clarinette: Pascal Moraguès - Quatuor Talich Version de référence avec, à l'époque, le jeune Pascal Moraguès et le mythique Quatuor Talich. Mélange parfaitement équilibré de vigueur et de lyrisme au service de la puissante écriture de Brahms sur ce chef d'oeuvre qu'est le quintette pour clarinette.
Chopin - Nocturnes (intégrale), Berceuse: Pascal Amoyel Petit miracle que ce disque de Pascal Amoyel qui nous délivre une lecture très attachante, limpide, évidente et d'une grande richesse narrative de ces sublimes pièces de Chopin
Liszt - sélection de pièces pour piano: Arcadi Volodos Ce qu'Arcadi Volodos nous restitue est vraiment à couper le souffle. Plénitude du son, infinie variété des nuances, aisance phénoménale, amplitude, flamboyance : toute la puissance et le foisonnement de l'écriture de Liszt sont bien là.
Mozart - Quatuors A Cordes K421, K458 "La Chasse", K465 "Les Dissonances": Quatuor Pražák Les Pražák apportent tout ce que l'on attend de ces quatuors : la vivacité, la respiration, une pointe de "cantabile" et surtout la spontaneité. Grâce à cela, toutes les audaces harmoniques, le jeu qui s'instaure entre les différents instruments prennent un relief singulier.
Rameau - Pièces pour clavier: Marcelle Meyer (piano) Glenn Gould n'a rien inventé. Marcelle Meyer a ouvert la voie d'interprétation pianistique des pièces originairement composées pour clavecin, que ce soit Couperin ou ici Rameau. L'un des ressorts de cette interprétation très inspirée est la capacité de cette interprète à restituer au clavier d'un piano moderne les ornementations avec vivacité et légèreté. Son jeu est assez timbré mais il conserve une finesse, un douceur étonnantes avec un interprétation des mordants et trilles propres à ce répertoire qui semble irréelle sur ce type d'instrument.
Scarlatti, Domenico - Sonates pour clavier: Racha Arodaky, piano La sélection de l'interprète fait la part belle aux sonates lentes dont certaines ont une sorte de douceur contemplative. Avec un jeu gracile, et une grande finesse de toucher, Racha Arodaky donne à ces sonates de splendides couleurs et instaure un climat intime très convaincant. Son piano révèle un son ample qui sert parfaitement la richesse harmonique de ces sonates.
Georges Liébert: L'art du chef d'orchestre Des chefs légendaires parlent de leur art. Un Berlioz autoritaire et sarcastique, un Bruno Walter émouvant, un Charles Munch concret. Un Richard Wagner saignant...
Annie Paradis: Mozart : L'Opéra réenchanté Passionnant ouvrage qui décrypte les opéras de Mozart sous l'angle du thème récurrent du rite de l'initiation ("comment devient-on adulte ?). Tous en sachant se prémunir des excès du filtre de lecture "anthropologique", on peut se plonger avec plaisir dans cet essai assez intrigant et original.
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